Ben Dhiaf : Chronique tunisienne

Chronique tunisienne

Ben Dhiaf

 

Le Maghreb, dont le numéro du 27 février avait été saisi en raison du contenu d’un article sur la visite du Colonel Kddhafi en Tunisie, n’est pas, loin s’en faut, le seul organe de presse à avoir ait l’objet de mesures de suspension ou de saisie. L’hebdomadaire «Er Rai » a également été suspendu pour six mois et son numéro du 25 juin saisi. Il avait publié un « écho » prêtant au Premier ministre une appréciation peu flatteuse sur le PSD. De même, El Wahda, organe du MUP – Comité provisoire, a été suspendu pour six mois, à compter du 24 décembre 1982, pour avoir publié un article intitulé « Un tortionnaire  l’objet d’une saisie en janvier, apparemment motivée par la publication en première page d’une interview de M. Ahmed Ben Salah, Secrétaire Général du MUP – Bureau politique. Enfin, une édition spéciale d’El Mostaqbal, organe du MDS, appelant le 26 septembre, à une manifestation de protestation contre les massacres de Sabra et Chatlia a été saisie.

L’ensemble de ces restrictions à la liberté de la presse mettent en cause un code de la presse dont, et public, tout le monde s’accorde à reconnaître le caractère inadapté à l’évolution du « processus démocratique », mais dont les autorités utilisent régulièrement l’arsenal répressif. M. Tahar Belkhoja, ministre de l’Information, imputait cette situation à la nécessité d’un « apprentissage de la coexistence dans le cadre du respect mutuel », non sans dégager sa a été instauré en 1975. Nous sommes en 1982. Je suis autant convaincu que vous pourquoi j’ai affirmé à l’Assemblée Nationale qu’il sera amendé. Je regrette que nous ne soyons pas encore arrivés à un résultat tangible ». Autrement dit, le Ministre constatait l’absence d’une volonté politique de réforme du Code de la presse.

Avant de clore cette évocation des « espaces de liberté », il convient de prendre en considération la situation prévalent à l’Université, ou, plus précisément, au sein du monde étudiant. Depuis le départ des « vigiles » des facultés, les étudiants jouissent, dans l’enceinte universitaire, d’une liberté d’expression qui reste fragile du fait de l’affrontement entre tendances opposées, ayant pour toile de fond l’absence de solution à la crise de l’UGTT ouverte en 1972 par le Congrès de Korba. 1982 a marqué, à cet égard, le 10ème anniversaire du mouvement étudiant de février 1972, qui donna lieu à un « congrès extraordinaire » de querelles politiques inutiles.

Ancien titulaire du département de l’Intérieur d’où il avait été évincé, sur l’initiative de M. Hedi Nouira, en décembre 1977, M. Tahar Belkhoja a réintégré le Gouvernement, le 3 décembre 1980, en qualité de ministre de l’Information. Ce ministère constitue un centre de pouvoir dont d’importance ne saurait être négligée, ne serait-ce que parce qu’il contrôle notamment la radio et la télévision. Quoi qu’il en soit, l’assise politique de M. Belkhoja n’est pas de celles qui se mesurent aux attributions formelles d’une fonction ministérielle. Depuis le milieu des années 1970, M. Belkhoja s’est fait l’avocat d’une évolution du système politique dans le sens d’une reconnaissance du pluralisme et d’une différenciation de l’Etat et du PSD. Lorsque M. Nouira dirigeait le Gouvernement et que « l’ouverture » n’était pas de saison, il se signalait par des prises de position novatrices au regard de la ligne officielle du moment. Le « processus démocratique » amorcé en 1981, loin d’inciter le ministre de l’Information à un alignement, l’a conduit, de nouveau, à se démarquer en préconisant de nouvelles avancées sur la voie de l’institionnalisation du pluralisme. On a déjà eu l’occasion de constater cette tendance, en évoquant les considérations du ministre de l’Information de la responsabilité des restrictions apportées à l’exercice de la liberté de la presse. Le 12 janvier, au cours d’une réunion publique, il s’est prononcé pour un nouvel aménagement des relations entre l’Etat et le Parti, le second ne devant pas se substituer au premier. Cette initiative devait conduire tour à tour MM. Driss Guiga, ministre de l’Intérieur, Mongi Kooli, Directeur du PSD, et Mzali, Premier ministre et Secrétaire général du PSD, à réaffirmer la symbolise de l’Etat et du Parti. A tel point que le 24 janvier, M. Belkhoja allait revenir sur le contenu de sa déclaration initiale.

Autant M. Belkhoja affiche des positions favorables à un élargissement de l’ouverture, autant M. Driss Guiga, ministre de l’Intérieur, semble observer une attitude en retrait par rapport au « processus démocratique ».

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