Mémoire Bureau Politique juin 1945

Mémoire Bureau Politique juin 1945

 

Mémoire adressé par le Bureau Politique du Parti Destourien au Général de Gaulle, Président du gouvernement provisoire de la république française.

 

Tunis, le 15 juin 1945

Lorsque le 6 mai 1944, lors de votre passage à Tunis, à l’occasion de l’anniversaire de la Libération de la Tunisie, le secrétaire général de notre Parti vous demanda audience, il pensait pouvoir vous exposer les véritables aspects du problème tunisien et vous suggérer les mesures qui, à notre sens, pouvait en ce temps-là amener une détente dans les esprits et créer un climat de confiance susceptible de favoriser une solution adéquate…

…Il n’en pouvait être autrement. Le Parti Destourien, ayant résisté à toutes les propositions allemandes de collaboration et venant à peine de sortir d’une répression qui, commencée le 9 avril 1938 avait duré cinq ans, était un parti essentiellement démocratique, il a gardé toujours l’espoir que la victoire sur le fascisme amènerait inéluctablement la réalisation des légitimes aspirations du Peuple tunisien.

…Ainsi au début d’Avril 1945, tandis que le Parti destourien ne cessait de lancer des mots d’ordre de calme et de paix les agents de la Sûreté firent courir le bruit à Tunis et ailleurs que le Destour allait déclencher un mouvement de masses pour commémorer les évènements sanglants du 9 avril 1938. Mais il n’en fut rien, notre Parti ayant conseillé nettement à tous les destouriens de s’abstenir de tout acte politique ; les mesures que le Gouvernement du Protectorat crut devoir prendre pour assurer l’ordre ne contribuèrent qu’à jeter le trouble et la méfiante dans les esprits.

Lorsque le 7 mai 1945 fut comme à Tunis la fin de la guerre en Europe, notre Parti décida de s’associer aux défilés de la Victoire à Tunis et dans les principales villes de la Régence ; c’était là en effet, le triomphe des principes de liberté et de justice dont notre Parti s’est toujours réclamé et pour lesquels nos frères tunisiens ont donné généreusement leur sang aux côtés de leurs camarades français. »

…A Tunis notamment, 80.000 tunisiens défilèrent dans le calme et la discipline devant la tombe du Soldat Inconnu, derrière les chefs du Destour, entourés de Princes de la Dynastie régnante, de professeurs de la Grande Mosquée et de représentants de la grande bourgeoisie tunisoise. Et cela en dépit de toutes les brimades et provocations inspirées par les autorités elles-mêmes.

…Ainsi donc, mon Général, la tension devient de plus en plus forte en Tunisie. Nous avons l’impression nette – et les français de bonne foi avec nous – que les autorités du Protectorat veulent créer des incidents, même sanglants, quittes à en faite retomber la responsabilité sur le Parti Destourien.

C’est pourquoi, en cette heure critique de l’histoire de la Tunisie, je tiens d’ores et déjà, mon Général, à vous déclarer solennellement et respectueusement, que les Gouvernement Protectorat en laissant se perpétuer cette politique de brimades et de provocations, est en train d’œuvrer contre les intérêts supérieurs de la France et de la Tunisie.

Que les militants destouriens, injustement internés, soient rendus à leurs familles, que l’interdit qui frappe le Parti Destourien depuis avril 1938 soit levé, que les libertés publiques pour lesquelles les tunisiens ont versé, eux aussi, leur sang leur soient étendues, c’est alors, et alors seulement, qu’un climat de confiance pourrait naître en Tunisie et la solution politique du Problème Tunisien en serait grandement facilitée.

 

Pour le Bureau Politique du Parti Destourien

Le Secrétaire Général par intérim : Salah Ben Youssef

Avocat à la Cour

171, Rue Bab Souika, Tunis

 

Extraits du livre « Mongi Slim : l’homme des missions difficiles 1908-1969 » de Noureddine Dougui

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