Amiral AMAN : Rapport secret de guerre

 
COMPTE RENDU
DES EVENEMENTS SURVENUS A BIZERTE
DE JUIN A OCTOBRE 1961

 

 

 

 

 

BIZERTE le 20 Novembre 1961
Le Vice- Amiral d’Escadre AMMAN
Commandant Supérieur de la base Stratégique de BIZERTE

DESTINATAIRES :
E.N.C./D.N. (2)
E.N.I.A.       (2)
E.M.A.         (2)
E.M.G./M.   (2)
E.M.A.A.     (2)

COPIES :
Archives (10)

 
SOMMAIRE

CHAPITRE A : Aperçu  de la situation
I-    Description de la base Stratégique,
II-    Ordre de bataille et plan de défense français
III-    Ordre de bataille et possibilité d’action adverses
IV-    Facteurs favorables et défavorables
            CHAPITRE B : Chronologie des principaux évènements survenus entre le mois de Juin 1961 et le 19 Juillet
            CHAPITRE C : La journée du 19 Juillet
            CHAPITRE D : L’attaque et le dégagement des enceintes militaires au cours de la journée du 20 Juillet.
I-    Attaque et dégagement de la Zone A
II-    Attaque et dégagement de la Zone B
       CHAPITRE E : Le dégagement du Goulet
I-    Les préliminaires
II-    Les opération militaires au cours de la journée du 21 Juillet
       CHAPITRE F : L’élargissement du périmètre contrôlé par mes forces au cours de la journée du 28 Juillet et le cessez-le-feu
             CHAPITRE G : Epilogue – Du cessez-le-feu au retour dans les enceintes de 10 Octobre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
L’ORDRE DE BATAILLE ET POSSIBILITES D’ACTION ADVERSES
A LA VEILLE DE L’OUVERTURE DES HOSTILITES

1- L’armée tunisienne dispose des forces suivantes :
– 12 Bataillons d’infanterie (dont 3 sont au Congo) sensiblement organisés sur le type inf. 107.
– 1 Groupe d’artillerie à 950 hommes possédant 12 105 HM2, 4 105 LFH, 16 pièces de 17 livres anti-chars.
– 1 Groupe de transport du train et 1 bataillon de transmissions.
– 1 Escadron mixte d’ABC à 450 hommes armant 5 chars M24, 5 obusiers M8, 14 AFI et 22 half-tracks.
– Des éléments de service, d’une façon générale peu efficaces et manquant de moyens.
2- La marine et l’année de l’air tunisienne sont en cours de création, elle n’ont pour l’instant qu’une valeur symbolique.
3- Le haut commandement de l’année tunisienne composé de vieux officiers n’ayant eu qu’une formation militaire sommaire n’est pas à la hauteur de sa tâche. L’état -Major, par contre, dispose de quelques officiers de réelle valeur, mais cependant incapables d’imposer leur point de vue aussi bien au commandant en chef qu’au secrétaire d’état à la défense Nationale. De plus, ils n’ont aucune expérience pratique du combat.
Les différentes formations sont presque toujours très nettement sous encadrées en officiers et en sous-officiers, dépassés par les tâches administratives qui leur incombent, les jeunes officiers n’ont pas le temps matériel de se consacrer à l’instruction de la troupe. Celle-ci est confiée aux sous-officiers.
4- La troupe est composée pour la plus grande part d’appelés et pour le reliquat d’engagés et de rengagés. En raison de son recrutement à base de fellahs, elle n’a que peu de valeur, car son ancienneté en service n’est pas assez grande et son instruction est mal faite. La troupe a cependant les qualités de rusticité foncière du Tunisien.
5- Le matériel est abondant et de bonne qualité. L’armement est d’origine française, anglaise, américaine et yougoslave. Les munitions sont largement approvisionnées. Le matériel de transmissions est moderne et de très bonne qualité. Le matériel auto est lui aussi de fabrication récente et provient des livraisons américaines et d’achats effectués en Allemagne et en France. Par contre le service du matériel est largement débordé par l’entretien et la réparation. Dans les corps eux-mêmes l’entretien du matériel laisse généralement à désirer par suite du manque de surveillance et de l’absence de personnel qualifié.
6- Le 18 Juillet, d’après les informations en notre possession, l’ordre de bataille des forces tunisiennes dans la zone de BIZERTE est le suivant :
* à BIZERTE et aux alentours immédiats de la base :
– Le 5° bataillon d’infanterie (moins 2 compagnies)
– La B.C.S et une batterie du Groupe d’artillerie
– 3 compagnies de marches venues de TUNIS
– 1 compagnie du 7ème bataillon.
* à MENZEL BOURGUIBA:
– 1 compagnie du 5ème bataillon
– 1 compagnie du 7ème bataillon
* à MENZEL DJEMIL :
– 1 compagnie du 5ème bataillon
– 2 compagnies dmu marche.
* à MEDJEZ EL BAB (à 2 heures de BIZERTE)
– le 6° bataillon d’infanterie renforcé d’éléments du 3° bataillon.
– Le 7° bataillon (moins 2 compagnies)
– 3 batteries du groupe d’artillerie
– 1 bataillon de réserve en cours de formation.
7- Par ailleurs ont été progressivement acheminés vers BIZERTE ou MENZEL BOURGUIBA au cours des jours précédents, environ :
– 6.000 volontaires appartenant au Jeunesses Destouriennes sur les quels 1.000 ont reçu des armes. Ces « civils militarisés » viennent de toutes les régions de la Tunisie, « chauffés à blanc » en vue de chasser les Français de BIZERTE.
– 200 gardes nationaux, pour la plupart anciens fellagahs, susceptibles de constituer des commandos de choc.
8- Dès le 6 Juillet des chômeurs des chantiers de travail ont commencé à creuser des tranchées à proximité des installations militaires française de la base particulièrement aux alentours du terrain d’aviation de SIDI AHMED et du parking de l’oued Merazig. Plusieurs centaines de travailleurs participant à ces travaux. A partir du 15 Juillet de nouveaux chantiers s’ouvrent où ultérieurement des barrages seront mis en place, des tranchées sont creusées et des épaulements d’arme automatiques aménagés.
9- Avec les moyens ci-dessus, le commandement tunisien, qui dispose de l’initiative, est en mesure :
– de réaliser un blocus serré de la base
– de créer n’importe quel incident sanglant
– de submerger, à son choix, l’une quelconque de nos enceintes
– d’infliger de sévères destructions aux installations, comme aux moyens de la base.

 

 

FACTEURS FAVORABLES ET DEFAVORABLES
DE LA SITUATION

1- Les effectifs et moyens de toute nature à la disposition du commandement supérieur de la base, pour assurer sa défense, peuvent paraître important.
En fait, comme il est facile de le constater en passant en revue les facteurs favorables et défavorables de la situation, la partie est loin d’être jouée à l’aube du 19 Juillet.
2- Facteurs défavorables :
a) inhérents à la base :
– installations réparties entre de multiples enceintes difficilement défendables et souvent dangereusement implantées à l’intérieur de ces enceintes (ex : front terrestre à défendre 50kms – voie ferrée « Tunis – BIZERTE » appartenant à la SMCFT traversant la base de SIDI AHMED – P.C. de commandement et de transmissions à portée de grenades de l’adversaire).
– Extrême sensibilité de ses accès : les collines dominant le terrain d’aviation et les rives du goulet ne sont pas sous notre contrôle. le terrain de SIDI AHMED est d’entrée de jeu sous le feu de l’ennemi.
– Organisations défensives faibles : essentiellement des réseaux de barbelés, quelques champs de mines éclairantes, des blockhaus constitués avec des sacs de terre.
b) Valeur des troupes :
– les unités opérationnelles sont peu nombreuses (2.000 hommes au plus) encore la quasi-totalité n’est pas aguerrie et n’a jamais vu le feu. Leur instruction, à l’intérieur d’enceintes, n’a pu se faire dans des conditions favorables.
– Les unités de marche qui les complètent (de l’ordre de 1.500 hommes) sont constituées par des personnels à vocation technique ou administrative, sans formation militaire sérieuse, tout juste capables de remplir des missions statiques.
c) D’origine politique :
– le souci constant d’éviter tout acte qui pourrait être interprété comme une provocation a contraint le commandement à laisser les « mains libres » aux tunisiens en dehors des enceintes. Ceux-ci ont pu s’organiser à loisir, creuser des tranchées et mettre des pièces en batterie à proximité immédiate de nos barbelés, construire des barrages à tous les carrefours, mettre en place un dispositif susceptible de tronçonner la zone Suden trois et de bloquer toutes nos enceintes en quelques instants.
d) D’ordre psychologique :
– présence de nombreuses familles en territoire Tunisien, en particulier à BIZERTE et Sidi Abdallah.
– Incertitude des intentions adverses à leur égard. Inquiétude sur les risques courus en cas de combat.
3- Facteurs favorables
Le meilleur parti possible a été tiré de ce qui existait, en particulier :
– Le plan de défense est à jour : il a été expérimenté au cours d’un grand exercice de cadres le 30 Juin.
– Les réseaux de transmissions sont nombreux et bien adaptés aux besoins.
– Les moyens de transport sont importants et variés.
4- Mais il est certain que les cartes maîtresses de la défense sont la qualité et l’importance :
– des moyens aériens à la disposition du commandement de la base, sont l’efficacité serait toutefois réduite dans le cas où le terrain de SIDI AHMED cesserait d’être utilisable du fait de l’ennemi.
– Des renforts terrestres prévus pour acheminés vers BIZERTE, dans la mesure où des considérations politiques ou techniques ne conduiraient pas à ajourner outre mesure leur acheminement.

 

 

 

 

Chronologie succincte des principaux événements survenus
sur le plan local avant l’ouverture des hostilités

– Première quinzaine de Juin : des rumeurs incontrôlées commencent à courir concernant une prochaine relance possible de la bataille de l’évacuation de BIZERTE.
– Ces rumeurs trouvent apparemment leur fondement dans la situation difficile dans laquelle risque de se trouver prochainement Bourguiba : mauvaise récolte, conflit avec le F.L.N., position en « porte à faux » dans le monde arabe etc…
– 13 Juin : premier incident à SIDI AHMED où se poursuivent, en extrémité de piste depuis le 15 Avril, des travaux dont le détail a été porté à la connaissance du Gouverneur de BIZERTE par une lettre officielle du 4 Mai.
– Des gardes nationaux menacent d’ouvrir le feu sur des ouvriers tunisiens participant à ces travaux, accusés de s’approcher trop près du réseau de barbelés couvrant la base dans l’axe de la piste.
– 15 Juin : deuxième incident à SIDI AHMED. Les ouvriers tunisiens ayant été remplacés pour l’exécution des travaux par des militaires sans armes, une section de la garde nationale prend position sur la route qui borde la base en extrémité de piste et somme les militaires de s’éloigner sous menace d’ouvrir le feu.
– Au cours des jours suivants, des militaires se rendant à TUNIS en permission régulière sont avisés que très prochainement aucun militaire ne sera autorisé à franchir les limites du gouvernorat de BIZERTE sans un laissez-passer signé du gouverneur.
– 22 Juin : premier incident au NADOR : des militaires français effectuant un exercice de routine sur le terrain militaire du NADOR sont invités par la garde nationale, sous menace d’ouvrir le feu à quitter les lieux.
– 24 Juin : la menace concernant l’interdiction de sortir des limites du gouvernorat sans autorisation du Gouverneur se concrétise : L’Amiral se rendant à TUNIS est lui-même refoulé vers BIZERTE.
– 26 Juin : L’Amiral ayant proposé au Gouverneur de se « mettre d’accord » avec lui sur les suites à donner au malentendu survenu à SIDI AHMED, celui-ci répond qu’il « n’entent pas s’opposer à quelques travaux que ce soient pourvu qu’ils soient entrepris à l’intérieur de la base ».
– 28 Juin : deuxième incident au NADOR, analogue à celui du 22 Juin, mais à la suite de discussions sur place un officier de la garde nationale reconnaît notre bon droit et l’exercice peut être repris.
– Le secrétaire d’état à la défense reçoit notre ministre à TUNIS et soulève sur un ton parfois violent « l’ensemble des problèmes de la base stratégique » en prenant prétexte de l’exécution des travaux en cours à SIDI AHMED qui violent selon lui le statu que.
– A la suite de cet entretien, sur la demande de notre ministre à TUNIS, L’Amiral suspend l’exécution de tous les travaux en cours à SIDI AHMED.
– 29 Juin : les tunisiens entreprennent la construction d’un mur en pier…..à la limite des barbelés dans l’axe de la piste de SIDI AHMED.
– 30 Juin : le Gouverneur proteste contre les survols de BIZERTE à basse altitude « qui mettent en émoi la population ».
– 1er Juillet : le Gouverneur interdit aux entreprises privées de continuer à travailler pour la base.
– 3 Juillet : le secrétaire d’état à la défense visite BIZERTE et MENZEL BOURGUIBA accompagné d’une nombreuse suite ; il se rend dans les casernes ; va examiner le « mur » construit dans l’axe de la piste ; se fait applaudir par les militants du « Destour » qui scandent : « évacuation des armes ».
– 4 Juillet : ……………………défense reçoit notre ministre à Tunis et lui déclare avec solennité que ………….plus longtemps d’ouvrir un dialogue sur le fond du problème de BIZERTE, nous allions à une crise d’une extrême gravité
– 1.500 « Volontaires tunisiens » commencent à creuser des tranchées à quelques mètres de nos barbelés le long de la route qui suit la limite ouest de la base de SIDI AHMED.
– L’Amiral décide de réduire le nombre des permissionnaires pour renforcer discrètement la garde et la surveillance des installations de la base.
– 5 Juillet : la section du NEO-DESTOUR de BIZERTE appelle « les hommes, femmes vieillards et enfants à se lever d’un seul bloc pour participer à la lutte pour l’évacuation ».
– 6 Juillet : manifestations dans BIZERTE pour « réclamer l’évacuation », groupant quelques 4.000 personnes acheminées pour la plupart par cars des environs. Aucun incident. Les manifestants manquent indiscutablement d’enthousiasme.
– 7 Juillet : nombreux mouvements de troupes tunisiennes au alentours des divers ouvrages de la base.
– L’Amiral décide de consigner les deux tiers des effectifs, de faire prendre leur commandement aux commandants désignés des zones et sous zones et de mettre la base en état de supporter sur le plan logistique un « siège » de longue durée.
– Le chef de cabinet de Bourguiba remet au général de Gaulle une lettre personnelle de Bourguiba.
– 8 Juillet : le creusement des tranchées autour de la base se poursuit. L’armée tunisienne met ouvertement en batterie un mortier à proximité de la gare de SIDI AHMED.
– 9 Juillet : manifestations dans BIZERTE groupant quelques 6.000 personnes venues pour la plupart, comme le 6 Juillet, de l’extérieur. 400 se montrent « excités », le reste suit sans passion.
– L’Amiral demande l’envoi d’avions de reconnaissance et sur préavis celui d’hélicoptères.
– 10 Juillet : le Gouverneur fait part à L’Amiral de l’arrivée prochaine à BIZERTE de « Jeunesses destouriennes » venant de toutes les régions de TUNISIE et lui demande pour éviter tout incident, de prohiber le port de l’uniforme jusqu’à nouvel ordre à BIZERTE, L’Amiral refuse de s’engager pour une longue murée.
– Dans l’après midi, par le train, par la route , à pied, en camions, en cars, …………………………………………….destouriennes ».
– Dans le même temps, l’armée tunisienne poursuit le « marquage de nos positions » ; les hôpitaux ainsi que les cliniques de BIZERTE sont évacués par ordre du Gouverneur qui demande à la population de « donner généreusement son sang » pour soigner les futurs blessés de la bataille de BIZERTE.
– « L’envahissement » de BIZERTE se poursuivant dans une atmosphère de plus en plus belliqueuse, L’Amiral décide à 21 heures, de faire rallier tous les personnels et de placer la base dans le stade de vigilance défini dans le plan de défense de la base.
– 12 Juillet : au matin les « jeunesses destouriennes » qui ont passé la nuit dans les casernes de BIZERTE sont de l’ordre de 4.000.
– les manoeuvres effectuées à Kasserine par des éléments de l’armée tunisienne étant terminées, il apparaît que celle-ci est en état de rassembler, en une nuit, de l’ordre de 6.000 hommes aux bords de la base, autour de laquelle les travaux d’aménagement du terrain, commencés le 4 Juillet, se poursuivent activement.
– Estimant que la base commence à courir un danger certain, L’Amiral demande l’envoi en renfort d’un régiment de parachutistes et la mise à sa disposition d’un porte-avions.
– 12 Juillet : les jeunesses destouriennes qui paraissent subir un entraînement militaire sont de l’ordre de 4.500.
– dans l’après midi, sur ordre du Premier ministre, L’Amiral remet au Gouverneur une lettre l’avertissant « qu’il ne saurait rester passif dans le cas où une action de force serait tentée contre la base ».
– Vers 17 heures deux groupes de jeunesses destouriennes, l’un d’environ 1.000 manifestants, l’autre de 1.500 défilent le long de nos barbelés, en scandant des slogans.
– La tension croît. L’Amiral rend compte « qu’étant donné la surexcitation dans laquelle se trouvent les jeunesses destouriennes qui affluent à BIZERTE, des opérations très sérieuses, comportant l’emploi des armes, lui paraissent inévitables à bref délai, dans le cas où aucune négociation n’aurait lieu ».
– A 20 heures, L’Amiral décide de mettre sur pied toutes les unités de défense prévues à l’alerte.
– 13 Juillet : notre attaché militaire à TUNIS rend compte qu’à son avis « les préparatifs tunisiens pour la bataille de BIZERTE sont vraisemblablement terminée et que sauf éléments nouveaux des incidents graves sont à prévoir ».
– les jeunesses destouriennes sont au moins 5.000 ; les travaux d’organisation du terrain se poursuivent ; l’atmosphère est de plus en plus lourde.
– Dans l’après-midi, notre ministre à TUNIS remet au secrétaire de la défense une « communication » destinée à N. Bourguiba, en réponse à la lettre que celui-ci a fait remettre au général de GAULLE par son chef de cabinet le 7 Juillet.
– A minuit, l’armée tunisienne est mise en état d’alerte renforcée.
– 14 Juillet : L’Amiral rend compte :
– que les Tunisiennes sont prêts à passer à l’action progressivement ou brutalement.
– Que la situation est foncièrement différente de celle de février 1960.
– Qu’à son avis Bourguiba ne peut absolument plus « reculer » si une satisfaction, qui lui permette de sauver la face, ne lui est pas donnée.
– Dans l’après midi, sur la demande du gouvernement Tunisien, l’aviso Tunisien « DESTOUR », en réparation dans l’arsenal, est remarqué dans le port de commerce.
– 15 Juillet : L’Amiral estimant qu’il existe un risque de guerre à proche échéance entre la France et la Tunisie, décide d’envoyer à PARIS le contre Amiral PICARD DESTELAN, major général et commandant en second de la base, « pour envisager les dispositions à prendre ».
– dans la matinée, notre ministre à Tunis est convoqué par le secrétaire d’état à la défense qui proteste contre des provocations imaginaires de nos troupes à BIZERTE, puis attire son attention sur la gravité de la situation.
– Le capitaine de vaisseau LANDRIN de l’état Major particulier du premier ministre vient faire une courte mission d’information à BIZERTE où il constate la parfaite identité de vue de toutes les autorités diplomatiques ou militaires sur place, concernant la gravité de la situation.
– A 20 heures, L’Amiral…………fins utiles, qu’on cas de crise ouverte, les …………………susceptibles d’être mises à sa disposition sont :
– Le 2ème R.P.I. Ma et une section du Génie 1er échelon en alerte à 7 heures à BLIDA – 2ème échelon en alerte à 12 heures à BOSSUET,
– Le 3ème R.P.I Ma en alerte à 24 heures à ZERALDA
– Le 3ème R.E.I et 2 escadrons du 8ème Hussards en alerte à BONE et MEDEA, à transporter par mer.
– 16 Juillet : L’Amiral …………….., chef d’état Major de la défense nationale et le colonel ………….., appelé à exercer le commandement des forces terrestres de renfort, effectuent une mission de liaison et d’information à BIZERTE au cours de laquelle ils rencontrent chez L’Amiral des représentants de l’ambassade. La parfaite identité de vue de toutes les autorités locales est à nouveau confirmée.
– Dans la matinée, manifestation à BIZERTE analogue aux précédentes. 6.000 destouriens « chauffes à blanc » sont désormais cantonnés dans les casernes à BIZERTE et au SAROUR, tandis que l’armée Tunisienne dispose en plus des éléments qui marquent la base à MEDJEZ EL BAB, c'est-à-dire à deux heures de BIZERTE, d’un groupement d’intervention comprenant 4 bataillons, un groupe d’artillerie et des éléments blindés.
– Notre ministre à TUNIS, effectue sur ordre du gouvernement une nouvelle démarche auprès du secrétaire de la défense, celui-ci après avoir pris l’avis de BOURGUIBA, fait connaître que cette démarche n’apporte pas d’éléments suffisants pour modifier le programme arrêté par le gouvernement Tunisien.
– 17 Juillet : Arrivée à 7 heures du premier renfort mis à la disposition de L’Amiral : une section du génie pour parfaire l’aménagement des installations défensives de la base
– le 2ème R.P.I Ma est mis en alerte à 1 heure à partir du même moment.
– Dans la matinée BOURGUIBA prononce devant l’assemblée nationale Tunisienne un discours dans lequel il annonce :
– Que la Tunisie reprendra à partir du 19 Juillet 00 h. 00 la lutte avec les procédés qui avaient été mis en œuvre, jusqu’au 17 Juin 1958, après l’incident de SAKIET.
– Que des patrouilles tunisiennes seront envoyées vers GAARET EL HAMEL pour planter le drapeau tunisien sur la borne 233.
– L’Amiral PICARD DESTERAN revient de sa mission à Paris.
– 18 Juillet : Autour de la base, dès la première heure, importants mouvements de troupes tunisiennes, des tranchées, des trous d’hommes, des postes de tir et des barrages à tous les carrefours importants sont aménagés de plus en plus fébrilement ; la circulation reste libre, mis sévèrement contrôlée.
– Nouvelle démarche de « mise en garde » de notre ministre à TUNIS auprès du secrétaire à la …………..qui reçoit le même accueil que la précédente.
– L’Amiral est informé :
a) qu’à partir du lendemain un task groupe (253-2) composé du croiseur de GRASSE et des escorteurs CHEVALIER PAUL et LA BOURDONNAIS, croisera à sa disposition au large de BIZERTE ainsi que le P.A. ARROMANCHES.
b) Que le 2ème R.P.I. Ma et le 3ème R.P.I.Ma susceptibles d’être parachutés ou aérotransportés sont en alerte, respectivement à 6 heures à BLIDA et 12 heures à SIDI FERRUCH, ainsi que le commandant et l’état Major de la 2ème Brigade.
c) Que le 3ème R.E.I et 2 escadrons du 8ème Hussard se tiennent prêts à BONE et rallier BIZERTE par voie maritime.
En fin de soirée, il est clair que les dés de fer sont à la veille d’être jetés.

 

 

 

LA JOURNEE DU 19 JUILLET

 

 

1- Le sursis qu’avait bien voulu nous accorder le président BOURGUIBA expirant à 00h. 00, il était à prévoir qu’à partir de cet instant les dispositions commenceraient à être prises par les autorités tunisiennes pour asphyxier progressivement la base.
2- En fait, dès le début de la nuit, les Tunisiens déploient une activité fébrile pour achever les barrages et mettre en place les postes de contrôle destinés à interdire toute circulation entre les enceintes militaires.
Au jour, des camions apportent des blocs de pierre pour élever des barrages, d’un mètre cinquante de hauteur sur un de largeur, principalement à MENZEL ABDERRAHMANE, au carrefour du R’HEL, à ZARZOUNA, à la porte de MATEUR, sur la route côtière à hauteur du Cap BIZERTE et autour de SIDI ABDALLAH.
Ces barrages sont prolongés par des tranchées creusées sur les bas-côtés des routes et sont tenus par des groupes de 20 à 50 hommes armés (policiers, Gardes Nationaux, soldats réguliers, « volontaires » civils)
3- Au cours de la nuit, huit véhicules militaires français sont saisis aux postes ou aux barrages, tandis que les personnels qui étaient à bord sont emprisonnés ; une ambulance transportant deux malades graves de SIDI AHMED à l’Hôpital de SIDI ABDALLAH est refoulée. En fin de matinée, 30 militaires des 3 armes et 22 civils appartenant au personnel des forces armées auront été emprisonnés pour être internés ensuite au camp de Sousse.
Les employés civils sont empêchés de se rendre à leur travail sur les installations de la zone Nord ; les ouvriers de l’arsenal de SIDI ABDALLAH peuvent seuls passer librement.
4- Pendant ce temps, l’armée Tunisienne qui « marquait » nos installations depuis plusieurs jours, par la mise en place discrète et camouflée, mais à bonne distance, de plusieurs de ses unités, prend ses positions de combat en occupant les tranchées creusées sans arrêt depuis le 5 Juillet et en mettant en batterie des armes lourdes, des pièces d’artillerie et des pièces antichars.
5- L’Amiral rend compte de cette situation au gouvernement et demande à notre ministre à TUNIS d’attirer l’attention des autorités tunisiennes sur les conséquences extrêmement graves qu’aurait un blocus de l’hôpital de SIDI ABDALLAH.
Il semble que les Tunisiens, contrairement à ce qui avait été fait à SAKIET et annoncé par BOURGUIBA, veulent, en multipliant les provocations de toutes natures, « battre le fer tant qu’il est chaud », brutalement sans aucune progressivité.
6- Réalisant la grave menace qui pèse sur la base, le gouvernement français décide :
– à 10 h. 30 de ramener le délai d’alerte du 2ème R.P.I.Ma à 1 heure (message 471 d’E.N.G./D.N.)
– à 11 h . 12, de maintenir le groupe CCLBERT qui venait d’être relevé par le groupe DE GRASSE, sous les ordres de CONSTRABI.
– A 11 h. 14, de placer l’ARROMANCHES sous les ordres de CONSTRABI.
– A 11 h.50, d’ordonner l’acheminement vers BIZERTE dans les meilleurs délais du 2ème R.P.I Ma (message 475 d’E.N.G./D.H.)
7- L’Amiral, à 14 h.00, prescrit au groupe COLBERT DE GRASSE (CTG. 253-1 et -2) ainsi qu’à l’ARROMANCHES de faire route de façon à croiser à partir de 17 h.00 à la limite des eaux territoriales « sans prendre allure ……… »
……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………d’après midi, un ordre d’opération est établi et diffusé sous le numéro 46 CBSE/3.
L’opération prévue, qui reçoit l’appellation conventionnelle « BOULE –DOGUE » repose sur l’idée de manœuvre suivante :
– si aucun dispositif adverse menaçant directement la piste de SIDI AHMED n’est mise en place, éviter de donner l’alerte par des mesures indiscrètes avant l’heure d’arrivée des paras au dessus de la piste.
– A partir de l’heure à être en mesure de résister à toute attaque et de neutraliser toute arme lourde tirant sur le terrain ou sur les avions.
– Utiliser éventuellement les premiers renforts débarqués ou parachutés pour renforcer la défense du terrain.
Aux fins ci-dessus, il est prévu qu’à partir de 30 minutes avant l’heure A :
– Un hélicoptère de reconnaissance ainsi qu’une patrouille de corsairs seront en vol au dessus de SIDI AHMED.
– Deux mistrals seront au sol en alerte renforcée et tout avion disponible en alerte à temps.
– La batterie de 105 de KAROUBA se tiendra prête à intervenir.
8- Prenant pour prétexte l’annonce de l’envoi de renforts faite par le ministre de l’Information français, le gouvernement Tunisien fait diffuser à 14 heures par radio la note suivante :
« Le survol de la région de BIZERTE et du Sud Tunisien à partir de GABES est interdit à tout aéronef. Il est précisé que cette mesure vise tout particulièrement les avions militaires français qui de l’aveu du ministre français de l’Information ont opéré et opéreront encore des transports de parachutistes à la base de BIZERTE. Les forces tunisiennes ont reçu l’ordre d’ouvrir le feu sur tout avion militaire français violant l’espace aérien tunisien ».
De fait, à 15 heures 25 (locales) un hélicoptère Alouette assurant un transport de documents entre SIDI AHMED et le fort du KEBIR, est pris à partie par des armes automatiques tunisiennes.
9- Des renseignements arrivent peu après confirmant :
– la mise en batterie :
– d’un canon antichar de 77 et d’une mitrailleuse lourde à environ 300 m. de l’extrémité ouest de la grande piste de SIDI AHMED.
– D’un canon à la ferme VITTOZ au nord du terrain et sensiblement dans l’axe de la petite piste de SIDI AHMED.
– De mortiers à la Gare de SIDI AHMED et sur les collines au nord de la base.
– L’occupation de points importants aux abords immédiats de la base ou du Goulet : ferme DOMANGE, Cimenterie, Parc à fourrage, Club Nautique, anse du palmier, etc…
10- Les évènements vont désormais se dérouler avec une extrême rapidité dans l’ordre chronologique ci-après (toutes heures locales)
– 15 h.40- pour réduire au minimum les risques d’incidents L’Amiral interdit tous les vols non opérationnels.
– 16h.00- une première vague de 14 Nord 2501 décolle de BLIDA avec une partie de la C.C.S. et 3 compagnies du 2ème R.P.I Ma, soit 414 hommes aux ordres du chef de bataillon MOLLO, commandant le 2ème R.P.I.Ma l’intention de L’Amiral est de faire parachuter au moins 2 de ces compagnies : il est à craindre en effet que la piste ne soit l’objet de tirs d’interdiction dès l’arrivée des Nord.
– 16h.35- L’Amiral décide de faire couvrir le terrain de SIDI AHMED au moment de l’arrivée du 2ème R.P.I.Ma, par 4 Corsairs au lieu de 2.
– 16h.40 – Une deuxième vague de 10 Nord 2501 décolle d’ORAN avec le reste de la C.C.S. et 3 compagnies du 2ème R.P.I.Ma dont la compagnie d’appui et la compagnie portée aux ordres commandant en second.
– 17h.00 – Les Tunisiens paraissent être en mesure « de tirer » dangereusement sur les pistes de SIDI AHMED, L’Amiral confirme que les 2 premières compagnies du 2ème R.P.I.Ma devront être parachutées.
– 17h.05 – La patrouille de Corsairs prévue dans l’ordre concernant le recueil de 2ème R.P.I.Ma est mise en l’air. Les équipages reçoivent de CONSTRABI « l’ordre impératif de ne pas riposter sur les positions tunisiennes avant d’avoir pris l’accord du P.C.A »
Effectivement les Corsairs sont pris à partie aussitôt après leur décollage, par des mitrailleuses installées à la cimenterie ; ils ne réagissent pas.
– 17h.30 – Le Groupe COLBERT – DE GRASSE arrive au grand large de BIZERTE, tandis qu’une vedette tunisienne sort du port et va croiser à la limite des eaux territoriales, apparemment pour les « marquer ».
– 17h.40 – Dans le cadre de l’opération « BOULEDOGUE » un hélicoptère décolle pour observer les réactions tunisiennes au moment de l’arrivée prochaine des paras.
– 18h.00 – les 2 Mistrals en alerte sur le terrain reçoivent l’ordre de se joindre aux Corsairs.
Dans le même temps L’Amiral reçoit du ministre des Armées, l’autorisation qu’il avait sollicitée de riposter par le feu à tout tir adverse destiné à empêcher l’arrivée du 2ème R.P.I.Ma.
– 18h.10 – Un premier groupe de 7 Nord 2501 en provenance d’Algérie se présente au dessus de SIDI AHMED et parachute directement et en un seul passage deux compagnies du 2ème R.P.I.Ma qui touchent terre entre les deux pistes d’atterrissage.
Des mitrailleuses tunisiennes ouvrent le feu sur les parachutistes en cours de descente, ainsi que sur les postes de garde de la base qui ripostent. Après avoir largué leurs passagers les Nord passant au dessus de la cimenterie sont pris à partie par des armes automatiques situées dans les environs.
– 18h.25 – Le deuxième groupe de 7 Nord 2501 devant déposer le reliquat des éléments du 2ème R.P.I.Ma embarqués à BLIDA fait une approche basse par le Sud du terrain au dessus du lac pour éviter le plus possible les armes automatiques repérées au cours du largage des premiers éléments.
Les chasseurs se mettent en protection rapprochée des Nord 2501 dans leur approche finale, prêts à intervenir.
– 18h.30 – L’Amiral téléphone au Consul pour lui demander d’intervenir une dernière fois auprès du Gouverneur et de notre ministre à TUNIS pour essayer d’éviter l’irréparable ; depuis des heures il estime avoir fait preuve de la plus extrême patience. Si les Tunisiens continuent à tirer, il trahirait sa mission en ne réagissant pas comme il convient.
– 18h.35 – Les Nord 2501 du dernier groupe se posent. Dès que le premier avion est posé les armes automatiques et des canons antichars tunisiens ouvrent le feu sur les appareils ; l’un d’eux est touché.
Dans le même temps, les terre-pleins et hangars de SIDI AHMED et de KAROUBA sont soumis à des tirs de mortiers. SIDI AHMED signale 2 morts et 23 blessés. Un avion est touché à KAROUBA.
– 18h.40 – 2 Mistrals et 2 Corsairs supplémentaires décollent.
Les éléments de défense terrestre de la base répondent aux coups qui leur sont portés. Les avions en l’air reçoivent l’ordre de neutraliser les armes qui tirent sur la base.
Le canon antichar placé dans l’axe de la grande piste est touché par le première roquette tirée par les corsairs. Un deuxième canon, posté à la Ferme VITTOZ, à 1km dans l’axe de la petite piste est repéré au sol et détruit par les Mistrals. Un mortier dans l’ouest de la base est mis hors d’usage ; la gare de SIDI AHMED et les tranchées les plus proches sont mitraillées.
– 19h.00 – La deuxième et dernière vague des N. 2501, venue d’ORAN avec les derniers éléments du 2ème R.P.I.Ma se pose sans encombre sur la petite piste de SIDI AHMED.
– A 20h.00 tous les N. 2501 ont redécollé, à l’exception de celui qui a été touché par un obus antichar. L’opération « charrue courte » est terminée. Le feu est arrêté.
11- La nuit petit à petit se fait. Une nuit sans lune au cours de laquelle chacun s’apprête à veiller l’arme au pied, dans l’attente d’une très probable attaque tunisienne.
12- Le 2ème R.P.I.Ma dont les derniers éléments sont arrivés au crépuscule se regroupe et « prend contact » avec la base ; ses formations ne joignent dans les véhicules mis à leur disposition, les cantonnements qui les attendent.
– P.C. et 2 Compagnies en Baie Ponty.
– 2 Compagnies à la B.A.H. de KAROUBA
– 2 Compagnies à la Base Aérienne de SIDI AHMED.
13- En raison de la gravité de la situation L’Amiral :
– a demandé
– à 18 heures 56 l’envoi d’extrême urgence des renforts prévus au plan « Charrue Longue ».
– à 19 heures 26 l’autorisation qui lui est accordée de sortir des enceintes pour neutralise si nécessaire les pièces repérées susceptibles de harceler la base pendant la nuit.
– Ordonne à 20h. 34 au groupe COLBERT de croiser toute la nuit à 5 milles au large de BIZERTE.
– Fait appel à 21 heures à des avions basés en Algérie pour assurer une couverture de la base dès le lever du jour (Skyraiders et B. 26 de BONE – Corsairs de TELERGHA), en prévision d’une possible neutralisation du terrain pendant la nuit par le groupe d’Artillerie adverse qui a dû logiquement faire mouvement vers les Djebels qui entourent la base.
– Décide enfin de tenir en alerte, en vol, toute la nuit un avion lucioleur (soit N. 2501 spécialisé, basé en Algérie, soit C. 47 de l’E.L.A. 47, soit Junker 52 équipés pour la circonstance) ainsi qu’un Aquilon, armé en roquettes apte à intervenir au sol sur des objectifs éclairés.
14- Mais il est clair que si nous laissons l’initiative à l’adversaire la base enserrée et dominée de tous côtés risque de se trouver demain, sinon cette nuit dans une situation critique.
Dès l’aube, il faut donc être prêt à passer à l’attaque et dégager au moins le terrain de SIDI AHMED en occupant les collines qui le ceinturent.
15- A cette fin L’Amiral fait diffuser à 21 h. 25un ordre d’opération n°2 inspiré du plan « COLLIRS » (cf. p. 9), prescrivant :
– au 2ème R.P.I.Ma d’être prêt à sortir des enceintes sur ordre, à partir de l’aube, pour s’emparer au nord des crêtes des Djebels Bou Halloufa et Zergoura – à l’ouest de la colline de SIDI ZID – Au Sudde la Ferme DOMANGE.
– Aux S/ Groupements blindés du NADOR et de MENZEL DJEMIL de « flanquer » les opérations ci-dessus par des mouvements de va et vient autour de leurs enceintes.
– 21h. 36 L’Amiral demande « liberté de manœuvre » pour exécuter l’ordre précédent.
16- De tous côtés parviennent des nouvelles inquiétantes de mouvements de troupe autour des enceintes qui sont harcelées. Une grenade est lancée par-dessus le mur de la PECHERIE en direction du P.C.I.A.
A 22 h. 58 un Escorteur d’escadre est détaché en protection du Cap BIZERTE autour duquel des mouvements suspects sont décelés. Il se confirme que les Tunisiens mettent en place des câbles en travers du canal ainsi que des canons et des armes automatiques sur les berges.
17- A 00h.30, L’Amiral reçoit du Gouvernement un télégramme l’avisant :
– qu’une nouvelle démarche de notre ministre à TUNIS aura lieu le 20 Juillet pour essayer « d’arranger les choses ».
– qu’en conséquence, l’exécution de l’opération « Charrue longue » est différée et qu’aucune opération « d’encagement » ne doit être effectuée pour le moment.
Confirmant le télégramme précédent, un nouveau télégramme reçu à 01h.30 porte le délai d’alerte des premiers éléments de « Charrue longue » de 1 à 6 heures.
18- Dans ces conditions L’Amiral estime qu’il n’a pas le droit d’exécuter comme il l’avait envisagé, dès l’aube, son plan d’opération n°2.
A02h.30, répondant à une question de l’E.N.G./D.N., il confirme qu’étant donné les moyens mis en place par les Tunisiens l’exécution du plan « Ficelle » de dégagement du Goulet ne pourra être envisagée qu’après l’arrivée des renforts prévus dans le plan « Charrue longue ».
19- Mais toutes ces dispositions deviennent bientôt caduques. Rompant la trêve approximative de fait qui s’était instaurée au crépuscule, les Tunisiens reprennent l’initiative des combats :
– En lançant à partir des premières heures du 20 une série d’attaques sur l’Arsenal de SIDI ABDALLAH.
– En bombardant à coups de mortier, à partir de 4 heures, le terrain de SIDI AHMED.

 CHAPITRE D
I-    Attaque et Dégagement de la Zone A (SIDI ABDALLAH)  
1-    Dans la journée du 19 Juillet, à SIDI ABDALLAH, les Tunisiens ont achevé de mettre en place une série de barrages : autour de la porte de BIZERTE de l’Arsenal, de l’hôpital et des voies d’accès à la colline de SIDI YAYA. Des éléments paramilitaires se sont assemblés, un peut partout à proximité immédiate de nos enceintes.
En fait, à la nuit, l’ilôt Marine » de SIDI ABDALLAH, qui constitue la zone A ou Sudde la base, est scindée en 4 tronçons entre lesquels la circulation est pratiquement interdite :
–    L’Arsenal proprement dit
–    Le dépôt
–    L’ensemble hôpital – colline de SIDI YAYA
–    La pyrotechnie.
2-    Pour réaliser cette opération, ……………..ont profité du « droit de passage » qui leur était reconnu depuis de nombreuses années sur la route nous appartenant, qui traverse l’ensemble de l’ilôt Marine en passant devant la pyrotechnie, le dépôt et l’enceinte de l’Arsenal.
Il aurait été facile quand les premiers barrages ont été mis en place sur cette route de « couper l’herbe sous le pred » aux Tunisiens en bloquant les différentes issues de l’ilôt marine mais cet « acte de force » à un moment particulièrement inopportun. Le commandement Supérieur de la base a donc pris le risque de « laisser faire ».
3-    Quand la nuit arrive, la situation est donc sérieuse, d’autant plus que les effectifs, dispersés sur plus de 3kms, dont le contre Amiral PICARD –DESTELAN dispose sont très légers et, pour la plupart, de valeur militaire modeste.
La nouvelle de l’arrivée en fin d’après midi du 2ème R.P.I.Ma à SIDI AHMED, et la réaction de nos forces en face de l’agression tunisienne ont eu heureusement les meilleurs effets sur le moral des personnels, mais chacun se rend compte que l’ennemi ne vas pas tarder à attaquer.
4-    Effectivement, vers 18 heures 30 un hélicoptère qui transportait des …………………..SIDI AHMED à l’Hôpital de SIDI ABDALLAH est pris à partie ; enfin ………………………………la porte de « BIZERTE » est attaquée à coups de pierres, de ………………………………..de charges explosives par 300 à 400 personnes ; quelques rafales ……………les dispersent.
Simultanément, au Nord-Ouest de la Pyrotechnie, au lieu dit « GUENGLA » et vers la porte de « TUNIS » de l’Arsenal, des coups de feu d’armes individuelles, et des rafales d’armes automatiques sont échangés entre les Tunisiens et des éléments de la 12° Compagnie du 8ème R.I.A.
Le commandant Supérieur prévenu, donne aussitôt « liberté de manœuvre » au commandant de la zone A pour « faire sauter », par quelque moyen que ce soit, les barrages situés à l’intérieur de l’ilôt marine : la provocation tunisienne étant dûment établie ; dans le même temps, il ordonne à « l’EFFRONTE » amarré à S’RIRA, d’appareiller, dans les meilleurs délais, pour SIDI ABDALLAH où il arrive à 2h.15
5-    A 04h.30, la fusillade, qui avait cessé, reprend et se généralise dans toute la zone ; elle est particulièrement dense autour de l’Arsenal.
L’effort principal adverse se situe autour de la porte de « BIZERTE », tenue par une section de la direction du Port, renforcée d’une Section de la 12ème Compagnie du 8ème R.I.A. et autour de la porte de « TUNIS ».
Par le feu d’armes automatiques et celui d’au moins un bazooka, les Tunisiens cherchent à démolir méthodiquement les panneaux métalliques de la porte de « BIZERTE ». La menace d’une intrusion en masse dans l’arsenal d’une foule fanatisée se précise. L’Amiral PICARD-DESTELAN rameute tous les éléments dont il dispose pour s’y opposer, et demande au commandant Supérieur de concours, sinon le secours, de l’aviation, pour redresser une situation apparemment critique.
6-    Le concours est immédiatement accordé : entre 5h.30 et 5h.50, la désorganisation des barrages tunisiens est effectuée à coups de roquettes et de tirs de mitrailleuses par 2 corsairs de la 17F quidés par un L.19.
La précision du tir est extrême : les maisons d’habitation situées à proximité des barrages du dépôt ne sont pas touchées.
Dans le même temps, le commandant Supérieur décide de distraire, au profit de la zone Sud, une des compagnies du 2ème R.P.I.Ma prévu pour attaquer, sur la rive Suddu Goulet, la ferme DOMANGE. Celle-ci embarque, en baie Ponty, sur l’E.D.I.C. 9096 qui appareille à 06h.30
7-    L’Amiral PICARD –DESTELAN donne alors à tous les éléments susceptibles d’intervenir contre les barricades sur la route reliant la porte de « BIZERTE », la Gendarmerie, SIDI YAYA et les bois avoisinants, l’ordre d’exploiter le succès des Corsairs.
Cette action est en cours, quant à 07h.15 débarque la « Compagnie Bleu » du 2ème R.P.I.Ma mise à sa disposition. Celle-ci reçoit pour mission :
–    dans un premier temps, de dégager complètement les abords de la porte de « BIZERTE » où l’ennemi s’est retranché.
–    Ensuite, d’explorer rapidement le terrain en direction du Nord-Ouest et de joindre la Pyrotechnie toujours isolée.
–    Enfin, de nettoyer les ilôts de résistance dans les zones boisées.
8-    A 09h.45, la liaison est rétablie avec la Pyrotechnie.
–    Entre 10 et 12 heures, la partie Nord du littoral est nettoyée
–    En fin d’après-midi, le …………….en direction du Nord-Ouest, de la bande de terrain comprise …………le mur Nord de l’Arsenal et la Lac de BIZERTE, est terminé
–    A 19h.15, l’intervention de ………..qui mitraillent des emplacements d’armes lourdes …………….de la porte de « TUNIS », met fin aux principaux combats
9-    Les journées des 21 et22 Juillet seront consacrées à consolider les positions acquises, à rétablir le périmètre français de l’ « Ilôt Marine » en réunissant, dans une même enceinte de barbelés, des installations jusque là séparées et à mettre au point un nouveau dispositif de défense.
De nombreux tirs de harcèlement auront encore lieu au cours de chaque nuit, ainsi qu’une tentative infructueuse d’incendie d’un réservoir de combustible, au parc de BIR TACHOUN.
10-    Le bilan total des pertes ennemies n’a pus être établi avec exactitude car le croissant Rouge a été autorisé à enlever le cadavres tunisiens dès les premières heures du cessez-le-feu, intervenu le 25 Juillet à 8 heures ; on peut les évaluer cependant à environ 130 tués.
De notre côté, nous avons eu à déplorer 3 tués et 7 blessés et avons fait 56 prisonniers.
 

II-    Attaque et dégagement de la Zone B
1-    Au moment où la nuit du 19 au 20 Juillet s’….et où des combats se déroulent à SIDI ABDALLAH dans les conditions indiquées au chapitre précédent, l’ennemi déclenche à partir de 4 heures un violent tir de mortier sur SIDI AHMED.
Le Nord 2501 immobilisé la veille est incendié; 5 avions de liaison sont endommagés. Les avions de combat de l’E.C. 7abrités dans des hangars en béton armé ne sont heureusement pas atteints.
Si les Tunisiens poursuivent et intensifient, comme il est probable, leur action avec les moyens du groupe d’artillerie, dont ils disposent dans les environs de la base, la situation peut devenir très vite critique.
Il importe de réagir violemment, sans délai.
L’Amiral qui avait prescrit conformément aux directives du Gouvernement de suspendre l’exécution de son ordre d’opération n°2 préparée et diffusée pendant la nuit, décide en conséquence, de revenir sur cette prescription : ordre est donné d’exécuter l’ordre d’opération n°2 dans les conditions prévues.
2-    Mais une menace grave et immédiate pèse sur le terrain de SIDI AHMED ; il est vital que les avions d’appui puissent décoller et que les abords ouest du terrain soient dégagés en priorité.
L’Aquilon en protection du terrain ayant répété des lueurs de départ de mortier près de la gare de SIDI AHMED, intervient à la roquette. Le commandant de la base de SIDI AHMED demande avec insistance l’intervention de la batterie de KAROUBA pour faire taire les mortiers dont le tir risque de détruire au sol nos appareils. La 2ème compagnie du 2ème R.P.I.Ma prévue pour opérer dans l’ouest du terrain en direction de SIDI ZID accélère son mouvement.
Dans les premières lueurs de l’aube, tandis que les coups tombent un peu partout, chacun fait pour le mieux.
3-    A 04 heures 45 les premières patrouilles de Corsairs et de mistrals peuvent décoller sous le feu ; elles partent aussitôt à l’attaque de positions adverses repérées.
Dans le même temps la 2ème compagnie du 2ème R.P.I.Ma sort des enceintes par une brèche ouverte dans les barbelés à l’extrémité ouest de la piste principale. Mais à 200 mètres de la brèche, malgré la protection d’un tir de 83 obus effecté par la batterie de 105 de KAROUBA, au voisinage de la gare de SIDI AHMED à 05h.05 la compagnie est atoppée et doit demander l’appui de l’aviation.
Celle-ci attaque alors à la roquette et au canon les Tunisiens retranchés avec des armes lourdes aux alentours de la gare de SIDI AHMED.
Faisant preuve de beaucoup de mordant ceux-ci ne peuvent être réduits que par des Corsairs qui les attaquent à la bombe de 500 livres à 300 mètres de parachutistes.
Ceux-ci reprennent leur progression.
4-    Dans le même temps une batterie de 4 canons de 105 est repérée, se dirigeant vers BIZERTE avec ses camions d’accompagnement. Le convoi est pris à partie par la défense au sol de SIDI AHMED, puis attaqué à la roquette et au canon par les Corsairs, mistrals et Aquilons ; ses derniers éléments sont détruits au carrefour de BECHATEUR.
5-    A 05h.30 l’Amiral rend compte à PARIS des graves évènements qui viennent de se dérouler.
A 05h.32 il demande l’envoi d’urgence d’avions d’observation L 19 qui font cruellement défaut – puis à 05h.34 des renforts prévus au plan « Charrue longue » ; il prie enfin le Commandant du C.I.O.A. de venir le voir au plus tôt pour régler les conditions d’acheminement par voie maritime des renforts demandés : le goulet est en effet barré- les hommes pourront vraisemblablement venir par avion, si nous réussissons à dégager à temps les abord de la base ; de toute façon des décisions sont à prendre d’urgence.
6-    A 06h.00 comme prévu, tandis que la 2ème compagnie du 2ème R.P.I.Ma poursuit sa progression vers SIDI ZID, dans l’ouest de SIDI AHMED, les mouvements prévus par l’ordre d’opération n°2 s’exécutent :
–    La 3ème Cie du 2ème R.P.I.Ma sort des enceintes et part à l’attaque du Djebel CHELLOUF au nord de la base. Soutenue par l’aviation elle atteint assez facilement son objectif, puis se rabat vers le nord ouest en direction de la cote 79 du Djebel ZERGOUM.
–    La 4ème Cie et la Compagnie portée du 2ème R.P.I.Ma formant sous groupement, quittent KAROUBA mais se heurtent immédiatement à une formation ennemie camouflée dans les bois d’oliviers qui s’étendent au Sudde la route stratégique vers l’est en direction de la baie de SEBRA. Les deux compagnies piétinent.
7-    Un pue plus tard à 06h.30, le Commandant de la base de SIDI AHMED décide de réduire le poste de la Carde Nationale installé dans une ancienne maison cantonnière située en enclave dans nos positions à 200 m. de l’entrée de la base. Retranchés dans cette maison les Gardes Nationaux tiennent sous leur feu le centre de la base.
L’attaque menée par surprise par la section du Génie aéroportée à la veille des évènements est terminée au bout d’une heure. La maison est détruite au bazooka et sa garnison aihilée.
8-    A 7 heures, les formations chargées de la défense de la sous-zone de KAROUBA, en liaison avec les 3ème et 4ème Compagnies du 2ème RPIMa sortant des enceintes en direction de la route de TINDJA-BIZERTE afin de donner de l’air à la base. Ces formations qui avancent sur un front de 1200m. entre le CHELLOUF et le passage à niveau de KAROUBA, comprennent la 11ème Compagnie du 8ème R.I.A, 3 sections de marche mises sur pied par la base ainsi qu’un peloton d’A.M. et le commande HUBERT. Elles se heurtent à une vive résistance de l’ennemi.
9-    Dans le même temps, comme prévu dans le plan d’opération n°2, des éléments blindés et portés du NADOR et de MENZEL DJEMIL sortant de leurs camps pour les opérations de flanquement envisagées.
10-    A 08 heures, l’Amiral rend compte de la situation en ces termes « Sorties que j’ai fait effectuer sur objectifs très limités et menaçant immédiatement Base par feux d’armes automatiques et lourdes montrent celle-ci encerclée au plus près par troupes résolues et nombreuses ; accrochages généralisés immédiatement au débouché enceintes ».
Dans un télégramme adressé à 07h. 48 il avait déclaré avoir absolument besoin avant le soir des premiers éléments de « Charrue Longue », c’est-à-dire du 3ème R.P.I.Ma, les troupes sous ses ordres, en alerte depuis 8 jours commençant à donner des signes de fatigue.
Précédent l’envoi de cette demande pressante, à 7h.36 était parti de la DEFNAT à destination de …………………l’ordre d’exécuter « Charrue Longue ». Satisfaction est donc donnée, avant la lettre, à la demande de l’Amiral.
11-    L’annonce de cette décision parvient au P.C.I.A. à 08h.22, à un moment particulièrement tragique : des renseignements sûrs annoncent en effet qu’une foule composée de jeunes gens, dont certains armés, de femmes et d’enfants, encadrés par des soldats se rassemble à Bizerte en vue d’aller « manifester » devant les enceintes de la Baie Ponty.
Il apparaît d’autre part que la garnison de la cimenterie distante d’à peine 600 mètres des installations les plus vitales de la Base, se renforce, que des armes lourdes y sont amenées, et que des éléments ennemis occupent le village de LA PECHERIE ainsi que les abords immédiats de SIDI SALAH. De tous côtés autour du P.C. de Commandement Interarmées de la Base et des centraux de transmissions, des coups de feu crépitent.
Pour réduire la grave menace qui pèse sur cette région de la Base une « sortie » s’imposerait, mais les effectifs dont dispose l’Amiral sont trop justes : le dégagement du terrain de SIDI AHMED, seul « poumon » de la Base est indiscutablement prioritaire. En attentant l’arrivée des premiers éléments de « Charrue Longue » il faudra dans cette région, courber le dos et s’organiser défensivement.
La première Compagnie du 2ème RPIMa, seule réserve valable disponible, est déployée à cette fin, à proximité du P.C.I.A.
12-    A 09H.20, situation s’aggravant, l’Amiral rend compte, en raison des incidences politiques et économiques d’une telle action, qu’il sera sans doute amené à détruire sous peu, à coup de bombes d’aviation, la cimenterie.
Dans le même temps, arrivent aux abords de la porte principale de la Baie Ponty les « manifestants » venant de BIZERTE. En tête se trouvent des « hommes armés de fusils », vraisemblablement des jeunesses destouriennes mais aussi, comme annoncé, des femmes et des enfants ; des militaires en armes sont sur les bas côtés de la route.
Les éléments qui protègent la porte et ses abords, soumis au feu adverse pour ne pas être submergés, sont contraints de riposter. Les manifestants se dispersent et fuient en désordre, mais les plus virulents se réfugient dans les maisons du village d’où ils dirigent un feu nourri sur nos enceintes.
13-    Le Gouverneurfait alors demander à L’Amiral, par l’intermédiaire du Consul une trève pour ramasser sur les lieux du combat les morts et les blessés.
L’Amiral ayant subordonné son agrément au départ des femme et des enfants des lieux en question, le Gouverneurrefuse : le trève n’aura donc pas lieu.
14-    A 11h.10, le Général DODELIER, chef de l’Etat-Major Particulier du président de la République et le capitaine de Vaisseau BRASSEUR, se posent à SIDI AHMED venant de PARIS. Ils repartiront au début de l’après midi après avoir examiné la situation avec l’Amiral et ses principaux collaborateurs.
15-    Celle-ci est loin encore d’être « claire » mais la enduite à tenir n’appelle pas d’hésitation :
a)    poursuivre jusqu’à son terme l’opération offensive déclenchée à 6 heures pour dégager SIDI AHMED.
b)    Tenir partout ailleurs jusqu’à l’arrivée du 3ème R.P.I.Ma prévue dans le courant de l’après-midi.
c)    Au fur et à mesure de l’……………………………………………….
–    donner de l’air à la Baie Ponty et ……………..le ……………de la menace que fait peser sur lui la cimenterie.
–    Compléter le dégagement de SIDI AHMED et de l’ensemble de la Zone B en s’emparant des hauteurs que dominent la base au Suddu goulet.
16-    Les évènements vont en fait se dérouler dans les différents secteurs dans les conditions exposées ci-après :
17-    Dans l’ouest de SIDI AHMED la 2ème compagnie du 2ème R.P.I.Ma après avoir été durement accrochée près de la Gare de SIDI AHMED reprend sa progression vers le marabout de SIDI ZID qu’elle attaque avec l’aide de l’aviation, à 08h.20
Après des combats allant jusqu’au corps à corps, la position est nettoyée à 10 heures.
La 2ème compagnie se porte alors vers le village de DJAFFEUR où des actions très violentes sont engagées entre 12 et 16 heures contre le 6ème Bataillon de l’Armée Tunisienne composé d’une C.C.A.S. et de 4 compagnies d’infanterie. Deux sections de parachutistes, menacées d’encerclement pendant une heure, réussissent à se dégager avec l’aide de l’aviation après avoir été ravitaillées en vivres et munitions par hélicoptères.
L’ennemi finit par décrocher vers le sud-ouest tandis que le 2ème compagnies du 3ème R.P.I.Ma qui s’est posé à SIDI AHMED à 15h.15 est pensée sur les lieux d’où elle gagne, en combattant, vers 17 heures les rives de l’oued el Haïma.
Dans le même temps la 4ème compagnie du 3ème R.P.I.Ma dès son arrivée sur la Base est dirigée vers la gare de SIDI AHMED que les Tunisiens ont réoccupée après les combats du matin. A 17 heures 30 la gare est définitivement prise.
Les abords ouest du terrain de SIDI AHMED peuvent être considérés dès lors comme convenablement dégagés.
18-    Dans le nord du terrain, la 3ème compagnie du 3ème R.P.I.Ma après avoir occupé le Djebel CHELLOUF s’attaque au début de la matinée au ZERGOUM ; mais elle se heurte dans un terrain difficile, couvert de vignes, à 2 compagnies du 10ème Bataillon de l’Armée Tunisienne arrivé récemment du Congo qui font preuve de mordant.
Appuyée par l’aviation, dont l’intervention est gênée par le manque d’avions de reconnaissance, la 3ème Compagnie du 3ème R.P.I.Ma oblige finalement l’ennemi à décrocher vers le nord après lui avoir infligé de lourdes pertes.
En fin d’après-midi, les crêtes du DJEBEL ZERGOUH sont entre nos mains et par voie de conséquence les abords/du terrain de SIDI AHMED dégagés.
19-    Plus à l’est, au nord de KAROUBA, le Sous Groupement constitué par la 4ème compagnie et la compagnie portée du 2ème RPIMa, sorti des enceintes comme indiqué ci-dessus, à 6 heures n’a avancé que …………….
La résistance opposée par l’ennemi qui dispose d’abris et  de tranchées disposés à l’avance, tenus par des éléments de l’ordre d’un bataillon, est très vive.
Un hélicoptère Pirate mis à la disposition de la Compagnie portée est touché et doit se poser dans les lignes ennemies, à 300 mètres au nord de la PECHERIE : des éléments de la 4ème Compagnie se portent aussitôt à son secours et réussissent à assurer sa sécurité après avoir « nettoyé » les ilôts ennemis qui l’entourent.
20-    Mais la situation ne cesse de s’aggraver ; il est clair que si les Tunisiens sont laissés libres d’agir à leur gré, dans quelques heures SIDI SALAH, le P.C.I.A., la Baie Ponty risquent d’être bombardés et attaqués dangereusement la nuit faite ; l’ennemi est à quelques dizaines de mètres de mes enceintes ; de tous côtés on tire.
Dès son arrivée à SIDI AHMED, la compagnie portée du 3ème R.P.I.Ma est acheminée vers la Baie Ponty où elle libère la 1ère Compagnie du 2ème R.P.I.Ma de sa mission de défense rapporochée du P.C.I.A.
A 16H.48, l’Amiral rend compte à PARIS qu’il ne peut plus différer l’attaque de la cimenterie ; un quart d’heure après la cimenterie est attaquée d’abord à la bombe de 500 li res par les Corsairs puis à la roquette et aux armes de bord encore par les Corsairs et ……….T. 28.
La dernière passe achevée l’assaut est donné par la 1ère Compagnie du 2ème R.P.I.Ma soutenue par le détachement Blindé du 8ème R.I.A. parti du NADOR à 14h. comme indiqué ci-dessus. Une brèche est ouverte au canon de 75, puis élargie par les chars. La cimenterie est « nettoyée » mais les éléments de tête de la 1ère Compagnie qui débouchent au nord à la poursuite des Tunisiens qui se replient sont violemment pris à partie par des tirs venant du Camp du Caroubier et du Parc à Fourrage.
N’ayant ni les moyens, ni la mission de manœuvrer ces nouvelles résistances qui paraissent installées en profondeur il est décidé de regrouper le dispositif pour la nuit, dans la cimenterie.

L’opération est terminée à 20 heures, non sans difficulté ni pertes.
21-    Tandis que les actions ci-dessus se sont déroulées aux abords de la Zone B, plus au nord, en Zone C et de l’autre côté du Goulet en Zone D des combats plus ou moins liés à celles-ci ont eu lieu.
22-    En Zone C, comme il a été dit plus haut, une partie du groupement blindé d’intervention a effectué des ratissages autour des enceintes à partir de 7 heures avant de rallier LA PECHERIE à 14 heures.
Les Tunisiens qui avaient installé une batterie à la cote 217, non loin du KEBIR, n’on pas réagi : ils se sont contentés de marquer et de harceler nos enceintes, sans les attaquer.
Il en est résulté de notre part des tirs de mortier de 60 ainsi qu’un tir de 57 effectué par l’Escorteur d’Escadre LA BOURDONNAIS, en protection rapprochée du Cap BIZERTE sur des éléments tunisiens rassemblés entre le DEMNA et le RAHRA qui s’apprêtaient, semble –t-il, à l’attaquer.
23-    En Zone D, par contre, nos éléments faisant preuve de mordant ont procédé à une série d’opérations qui permettent d’établir dès le lendemain matin des barrages tenus par nos troupes sur les routes conduisant de TUNIS ou MENZEL DJEMIL aux abords de la Zone B :
–    Vers 08h.00, un détachement blindé du groupe d’escadron n°1, comprenant 1 peloton  du 1er escadron, 1 peloton de commandement, 2 pelotons de chars, 1 peloton porté du 2ème escadron, après avoir effectué une liaison avec le ROUMADIA, en direction du Nord-Ouest occupe les hauteurs de BEN NEGRO.
–    Dans le même temps, un L.29 d’observation repère une très forte implantation tunisienne dans la région nord de MENZEL-DJEMIL où sont installés trois barrages : l’aviation d’appui intervient aussitôt à plusieurs reprises sur ces objectifs avec des mistrals, Corsairs et Skyraiders.
–    A 08h.45 le détachement blindé reçoit l’ordre de faire demi-tour et d’aller exploiter à terre l’intervention aérienne.
Le détachement se fractionne alors en deux éléments mixtes :
–    Le premier, va nettoyer les barricades au nord de MENZEL DJEMIL, sur les routes de MENZEL ABDERRAHMAN et TUNIS, puis pousse en direction de la route de TUNIS et au Nord-Est de MENZEL DJEMIL.
–    Le second couvre le premier élément, face au nord, en direction du Fort du CHRECK
–    Les combats, appuyés à plusieurs reprises par les interventions aériennes, se poursuivront jusqu’à 13h00 ; les forces Tunisiennes après une vive résistance se replient : le champ est libre pour l’établissement, par nos soins, de barrages sur les routes d’accès à la Zone B par l’isthme de MENZEL DJEMIL.
24-    Plus à l’est
–    A 09h.45 le R’MEL, gardienné par une équipe de 6 hommes, ayant pour mission de « neutraliser » le fort, soumis à un tir de mortiers, demande l’intervention de l’aviation qui mitraille les environs du fort à 10h.32.
–    A 10h.42, le ROUMADIA ouvre le feu sur la zone située entre le CHRECK et le R’MEL où les mortiers tunisiens paraissent implantés.
–    A 11h. 00, l’aviation intervient de nouveau au profit du R’MEL dans les environs duquel sont signalées deux compagnies ennemies. Celles-ci durement mitraillées se replient : le R’MEL ne sera plus menacé.
25-    A la nuit la Zone B, attaquée à l’aube, se trouve donc entièrement dégagée : le terrain de SIDI AHME et les installations les plus vitales de la base ne sont plus sous le feu immédiat des armes lourdes ennemies.
La plupart des forces stationnées dans la base ont praticipé, à des degrès différents, aux actions menées, mais la part du lion revient au 2ème R.P.I.Ma, commandé par le Chef de Bataillon MOLLO, dont tous les éléments ont été engagés à la pointe du combat. Grâce à lui l’étau adverse qui encerclait la base a sauté, les premiers renforts ont pu arriver.
26-    la situation est ainsi retournée en notre faveur, mais rien n’est terminé.
 
CHAPITRE E
LE DEGAGEMENT DU GOULET
I-    Les préliminaires :
1-    Au soir du 20 Juillet, si les avions peuvent de nouveau après les combats de la journée, se poser et partir du terrain de SIDI AHMED sans courir pratiquement de risques, si les centres vitaux de la base sont convenablement dégagés, par contre des câbles en acier tendus depuis la nuit précédente, en travers du Goulet, par les Tunisiens, interdisent tout mouvement de bâtiment entre le port de guerre et le large. La base navale est et demeure bloquée.
2-    Il en avait été ainsi au cours des évènements de SAKIET. A leur issue, une étude avait été faite pour voir comment on pourrait, avec des équipes de nageurs de combat et de marins de la D.P. soutenus et protégés par des L.C.M., couper de tels câbles sans être amené à « tirer les premiers ».
Mais il est bien évident qu’une telle opération dite « opération ficelle » ne pouvait avoir de sens qu’à un moment où nos troupes, occupant les casernes de BIZERTE, avaient les moyens sans coup férir, au moindre prix, d’acquérir puis de conserver le contrôle des rives du goulet.
Depuis Octobre 1960 malheureusement, les casernes en question sont entre les mains des troupes tunisiennes. Le 20 Juillet celles-ci occupent solidement avec des armes lourdes toute les villes de BIZERTE et « peuplés ». Bombarder cette zone est humainement impossible ; pour la neutraliser d’une façon durable et permettre aux bâtiments de franchir le goulet sans courir de risques excessifs, il faut la prendre de vive force puis l’occuper en venant de l’extérieur.
3-    Il apparaît donc inéluctable d’envisager pour le lendemain une « bataille de BIZERTE », mais tout laisse présager que la bataille sera rude ; il est impossible en outre de l’engager sans être convenablement couvert, vers l’Est, le Sudet l’Ouest. Il faut donc des renforts et très vite pour ne pas laisser le temps à l’ennemi de se ressaisir, ni aux instances internationales d’intervenir à l’encontre de nos intérêts.
A cette fin, dès 16H.30, après avoir vu le Commandant du C.I.O.A. et fait le point des possibilités, extrêmement modestes, de débarquement à la plage qui existent aux alentours de BIZERTE, l’Amiral décide de ne tenter aucun débarquement à la plage et de demander à la DEFNAT de faire acheminer sur BIZERTE par aérotransport le 3ème R.E.I.
Une fois le goulet dégagé, il sera facile de débarquer dans le port le reliquat des personnels et matériels non encore livrés figurant dans le plan charrue longue.
Si l’opération « traîne », on avisera.
4-    A 17 H.45, le Colonel LALANDE, Commandant la 1ère Brigade de réserve générale, qui s’est posé quelques instants auparavant sur le terrain de SIDI AHMED avec son Etat –Major et ses éléments de Q.G., arrive au P.C.I.A. et prend le commandement des Forces Terrestre d’Intervention de BIZERTE.
Dès 18H.02, après avoir examiné la situation avec lui, l’Amiral télégraphie à nouveau à la DEFNAT pour demander instamment que le 3ème R.E.I. soit transporté par avion à BIZERTE , non plus dans les meilleurs délais, mais dès le lendemain, aucun instant ne devant être perdu.
Par un télégramme reçu à 20H.30, l’Amiral apprend que sa demande a été agréée et que les ordres nécessaires ont été donnés pour que le 3ème R.E.I. fasse mouvement le lendemain dès le lever du jour par rotations successives.
5-    La nuit commence, moins angoissante que la précédente mais dans une atmosphère tout aussi tragique ; les combattants s’installent dans leurs positions ; nos pertes heureusement ne paraissent pas avoir été aussi sévères qu’on aurait pu le craindre, mais du côté Tunisien le bilan semble extrêmement lourd du fait en particulier de l’intervention massive de l’aviation et de l’inexpérience des soldats Tunisiens comme des jeunes destouriens.
Au dessus de la Base, nos avions assurent à nouveau la veille nocturne, largant des lucioles à la demande des unités au sol.
Le T.G.comprenant les Croiseurs « Colbert » et « de Grasse », les Escorteurs d’Escadre « Maillé-Brézé », « Kersaint », « Chevalier-Paul », croise à 8 nautiques au large, tandis que l’Escorteur d’Escadre « La Bourdonnais » reste en appui direct du Cap Bizerte. « L’Arromanches » qui s’est joint au T.G. patrouille avec lui.
6-    Tandis que le Commandant des Forces Terrestres d’Intervention prépare les opérations du lendemain :
–    A 20H.45, l’Ambassade de France à TUNIS fait connaître que le Croissant Rouge souhaiterait envoyer vers BIZERTE par MENZEL DJEMIL et SIDI AHMED par SIDI ABDALLAH deux colonnes d’ambulances pour aller chercher les blessés qui encombrent les services sanitaires Tunisiens.
Bien que les accès de BIZERTE risquent d’être demain l’objet de nouveaux combats, l’Amiral accepte sous réserve d’être prévenu 2 heures à l’avance du départ des convois afin de pouvoir organiser leur escorte et les arrêter en chemin si nécessaire.
–    21 H.45, le Consul Général de France réussit à assurer une liaison avec LA PECHERIE. L’aspect de BIZERTE est évidemment sinistre, mais d’après lui, jusqu’à présent aucune atteinte n’a été portée à la vie comme aux biens des Européens.
–    Vers 22H.00, des renseignements arrivent selon lesquels le GouverneurMohamed ben Lamine aurait quitté précipitamment la ville tandis que les services publics et la police seraient en pleine désagrégation.
L’Amiral pense que s’il en était bien ainsi, peut être pourrait il acquérir le contrôle des rives du goulet sans effusion de sang : il demande dans cet esprit au Consul de contacter les autorités tunisiennes les plus qualifiées, encore à BIZERTE, pour leur dire qu’il est prêt à assurer la subsistance et la sécurité élémentaire des populations civiles dans une situation difficile, sous réserve bien entendu qu’aucune action de force ne soit entreprise dans le même temps par les troupes tunisiennes.
–    22H.10, l’Amiral reçoit un télégramme envoyé par la DEFNAT à 20 H.46 lui faisant connaître « qu’il importait qu’il puisse occuper le plus tôt possible la localité de BIZERTE » et le priant d’indiquer d’extrême urgence à cette fin ses possibilités d’action et les moyens supplémentaires nécessaires pour l’occupation totale de la ville.
–    22 H.30, l’Amiral reçoit un nouveau message de la DEFNAT, antérieur d’une heure au précédent, précisant dans les termes ci-après la mission qui lui est confiée :
–    Assurer intégrité de vos installations.
–    Maintenir ou rétablir votre liberté de commandement et d’action et en particulier garantir la libre utilisation de SIDI AHME, la liberté de circulation dans le Goulet, la liberté de circulation entre les différentes parties de votre dispositif.
–    Pour l’exécution de cette mission, vous pourrez être appelé à faire occuper des emplacements situés hors de vos intallations.
–    Vous disposez des moyens prévus par les plans « Charrue Courte » et « Longue », ainsi que des appuis aériens et maritimes qui vous ont été donnés.
–    Le procédé des Tunisiens qui consiste à mêler systématiquement des femmes et des enfants aux éléments combattants pose un problème ; chaque fois que la chose sera possible, vous  tenterez de le résoudre en exigeant le retrait des non combattants par des mises en demeure adressées aux autorités civiles ou aux chefs militaires tunisiens et, s’il le faut, par des sommations destinées aux agents civils militaires qui s’opposeraient directement à l’exécution de votre mission.
–    Mais quel que soit le résultat de ces démarches, c’est en dernière analyse l’exécution de votre mission qui prime sur tout autre considération.
–    Enfin, il ne faut pas exclure l’hypothèse d’un prolongement des combats qui peuvent conduire à l’occupation de la ville de BIZERTE.
–    23H.05, le Consul Général fait connaître que le Délégué du Gouverneurd’ordre de son Gouvernement repousse « l’ultimatum » que je lui aurais adressé.
Aucune hésitation n’est plus permise, il importe demain d’agir pour « rétablir la liberté de circulation dans le goulet ».
–    23H.36, l’Amiral attire une fois encore l’attention du Commandant Supérieur en ALGERIE et de PARIS sur l’urgence du mouvement du 3ème R.E.I. dont l’arrivée en temps voulu conditionne le succès de la manœuvre.
–    23H.38, l’Amiral rend compte à la DEFNAT que sous réserve de cette arrivée « il compte entrer dans BIZERTE dans la journée du 21 Juillet » pour dégager le Goulet.
Les seuls moyens excédant ceux actuellement prévus, nécessaires en première analyse pour l’occupation totale de la ville seraient un régiment de para en alerte ainsi qu’un escadron de gendarmerie sur place.

II-         Les opérations militaires de dégagement du Goulet  
1-    Les premiers renforts du 3ème R.E.I étant annoncés pour le 21 à partir de 12 heures, le Colonel Commandant les F.T.I.B. décide d’entreprendre les opérations de dégagement du goulet dès le début de la matinée du 21.
Dans un premier temps, laissant le minimum de moyens indispensables à la garde des positions conquises la veille, son intention est de regrouper toutes les unités disponibles des 2ème et 3ème R.P.I.Ma et de les engager en direction de BIZERTE pour s’assurer au minimum d’une base de départ favorable.
Il compte ensuite, dans un deuxième temps, renforcer le groupement initial par les unités paras relevées par le 3ème R.E.I. afin d’accroître la puissance et la portée de l’attaque.
En vue de ménager dans toute la mesure du possible, la population civile et la ville elle-même, l’Amiral a décidé que les unités ne pourraient disposer d’aucun appui feu artillerie ou aérien dans l’agglomération elle-même.
2-    Les forces appelées à effectuer l’opération sont articulées à l’origine en deux sous groupements :
–    le sous groupement « Indigo » chargé de l’action principale sur la rive nord du goulet – commandé par le commandant en second du 2ème R.P.I.Ma- comprenant :
–    3 compagnies (3,5 et C.P) et le commando du 3ème R.P.I.Ma ;
–    la 1ère compagnie du 2ème R.P.I.Ma
–    2 Sections de mortiers de 81 et 120 de la C.A. du 3ème R.P.I.Ma
–    le peloton de chars M.24 du 8ème R.I.A. qui a participé la veille à l’attaque de la cimenterie, renforcé en fin d’après midi par un deuxième peloton de chars du 8ème R.I.A. venu du Cap BIZERTE où il était stationné.
–    Le sous groupement « Patrimoine Gris » chargé du dégagement de la rive Suddu goulet – commandé par le commandant de la 4ème compagnie du 2ème R.P.I.Ma – comprenant :
–    La 4ème compagnie du 2ème R.P.I.Ma
–    Un  peloton de chars M.24 et un peloton porté du 1er groupe d’escadron du 8ème R.I.A.
Pour soutenir l’action de cas deux sous groupements, 4 LCM sont prévus, navigant dans le goulet.
3-    A 10 H. 20, le sous groupement « INDIGO » part à l’attaque, 2 compagnies sur l’axe routier en direction de la porte de MATEUR couvertes au nord par les autres unités.
Vers 12H.30, le premier contact est pris au Parc à Fourrages par le compagnie de tête avec une section tunisienne qui est annihilée. Un deuxième accrochage a lieu sur les pentes Est de l’ancien hôpital avec une section tunisienne qui se replie. Poussant toujours vers l’Est, cette compagnie est stoppée par une forte résistance retranchée aux abords de la porte de MATEUR. La compagnie qui progresse parallèlement au nord est arrêtée à son tour en face du cimetière musulman et du mur d’enceinte par un tir nourri d’armes automatiques.
Dans le même temps, le commande envoyé vers le nord en flanc garde occupe, après un straffing de l’aviation d’appui, la cote 38 où il se maintient en dépit d’un feu violent provenant d’éléments retranchés dan la région de DER EL KOUDIA.
Sur la ville des tracts sont lancés par hélicoptères, appelant la population au calme et lui précisant les buts limités que nous poursuivions. L’opération sera renouvelée plusieurs fois au cours de l’après midi.
4-    A 10 H. 45, la première vague de Nord amenant le 3ème R.E.I se pose à SIDI AHMED. Trois autres vagues se poseront successivement à 12H.00, 15H.15, et 16H. 00.
La relève des unités paras s’organise aussitôt. Celles-ci libérées de leur mission de protection aux abords de la base viendront, comme prévu, renforcer progressivement l’attaque entre 14H. 30 et 17H.00.
5-    A 14H. 00, le bouchon principal de la porte de MATEUR est enlevé avec l’appui des chars du 8ème R.I.A.
Entre 14H.30 et 15H.30 arrivent successivement sur les lieux, en renfort, la 2ème puis les 1ère et 4ème Compagnies du 3ème R.P.I.Ma relevées par le 3ème R.E.I.
Avec tous ces moyens le sous groupement reçoit mission de pousser vers la mer par la ville européenne et de s’emparer du groupe des casernes LAMBERT, FARRE, JAPY et du collège technique pour assurer sa couverture sur sa gauche.
Dans le même temps, sur la rive Suddu goulet, le sous-groupement « PATRIMOINE GHRIS », reçoit l’ordre de démarrer sa progression vers ZARZOUNA avec l’appui des L.C.M.
6-    Depuis le matin les évènements de la veille et ceux qui se déroulent dans BIZERTE n’ont évidemment pas manqué de susciter des réactions.
7-    Le Gouvernement Tunisien, à 12H.00, menace de prendre des mesures de rétorsion très graves à l’encontre des civils français sur l’ensemble du territoire tunisien si les entraves apportées à la circulation des populations ne sont pas levées et les combats arrêtés.
D’un point  de vue militaire, il est évidemment impossible de céder à un tel chantage : la sécurité des troupes engagées est en jeu.
Mais l’Amiral ne s’oppose pas au départ, demandé la veille, des convois de la Croix Rouge composés de 25 véhicules chacun qui doivent venir prendre des blessés dans la région de BIZERTE ; celui empruntant la route de SIDI AHMED par SIDI ABDALLAH pourra remplir sa mission : 16 blessés lui sont remis par l’Hôpital Maritime de SIDI-ABDALLAH à 18H. 45.
L’autre convoi, par contre, sera arrêté à MENZEL DJEMIL et prié de faire demi-tour en raison des dangers qu’il courrait à son arrivée à BIZERTE où des combats sont en cours.
8-    Quoiqu’il en soit, tandis que le Général Commandant Supérieur en ALGERIE fait connaître à 08H.15 qu’il « fait le maximum pour accélérer le transport du 3ème R.E.I. » :
–    Minarmées ordonne à 11H.20 l’aérotransport à BIZERTE dans les meilleurs délais d’un escadron de Gendarmerie Mobile.
–    La DEFNAT fait placer à 12 heures en alerte un des régiments Para de la 11ème D.L.I. en vue de son envoi éventuel à BIZERTE à 18H.00.
–    MARINE PARIS donne délégation à 15H.06 à l’Amiral pour activer, quand il le jugera opportun, en vue d’un débarquement éventuel à la plage, un T.G. 253/6 comprenant sous les ordres du commandant du C.I.O.A., à bord du « MALGACHE », les L.S.T. « LAITA » et « CHELIFF », les B.D.C. « DIVES », « BLAVET », « BIDASSOA », les EDIC 9092 – 93 – 94.
Ce T.G. qui se rassemble à BONE est chargé, avec les reliquats en personnel et en matériel, du plan charrue.
9-    Mais une certaine ambiguité semble exister sur le but des combats engagés à BIZERTE.
Par un Tg. Adressé à 16H.16, l’Amiral demande à DEFNAT de bien vouloir lui préciser ses intentions, en raison des « décisions extrêmement graves qu’il est appelé à prendre à tout instant qui peuvent engager l’Avenir ».
En tout état de cause, le succès des combats en cours conditionne l’ouverture du goulet dont la nécessité est confirmée par un Tg. De la DEFNAT n°10 817 reçu à 16H.46 : leur poursuite ne prête donc pas à discussion. Il sera toujours temps une fois le goulet ouvert d’une façon permanente, d’aviser sur la conduite à tenir pour la suite des opérations.
10-    Effectivement les combats continuent : chacun sent qu’il faut emporter la décision avant la nuit :
11-    Le sous-groupement « INDIGO » qui est au centre du dispositif accélère sa progression :
–    en vue de la conquête des casernes ;
–    pour atteindre la mer par la ville européenne.
12-    Dans les casernes qui sont fortement tenues, des combats extrêmement violents se déroulent. La 2ème compagnie du 3ème R.P.I.Ma pénètre par surprise dans la caserne FARRE après escalade de ses murs d’enceinte Ouest très élevés, puis étend son action à la caserne LAMBERT qui lui est contiguë. Les Tunisiens surpris s’efforcent, en combattant, de se replier vers l’Est ; un détachement tient, sans esprit de recul, jusqu’au dernier homme.
Vers 18H.00 la caserne JAPY tombe à son tour à la suite d’une manœuvre audacieuse et rapide de la C.P., appuyée par le peloton de chars du 8ème R.I.A. venu du cap Bizerte.
Enfin, avant la nuit, le collège / Pichon, siège de plusieurs nids de résistance, est saisi par la 1ère compagnie à la suite d’un mouvement en pince du même type que les actions précédentes.
13-    En ville européenne dans le même temps, couverte sur leeur gauche, les 3ème et 4ème Compagnies du 3ème R.P.I.Ma peuvent progresser vers la Médina le long de l’Avenue Bourguiba.
L’avance au début est assez rapide, la 4ème compagnie nettoyant derrière la 3ème les nids de résistance qui se décèlent dans les rues parallèles et transversales.
A partir du Boulevard Hassan Nouri, la 3ème Compagnie est arrêtée par un tir en écharpe ; soutenue par les chars du 8ème R.I.A. elle finit par passer et arrive à 20H.00, à bout de souffle au bord de la mer, à hauteur du Cercle Interarmées.
14-    A droite, enfin, la 1ère Compagnie du 2ème R.P.I.Ma progresse suivant le même rythme le long du Goulet, faisant sauter successivement un certain nombre de bouchons. Elle s’empare en passant, sans rencontrer de résistance, de l’Escorteur Tunisien DUSTUR et d’une vedette de la Marine Tunisienne l’ISTIKLAL amarrés dans le port de commerce.
A 19H.30, elle arrive à extrémité Nord-Ouest du Goulet, à proximité dku Gouvernorat et du dispositif d’amarrage et de tension nord des cibles barrant le goulet.
15-    Sur la rive Suddu goulet, le sous-groupement « PATRIMOINE GRIS » s’est heurté dès le début de sa progression à une Compagnie Tunisienne qui lui oppose une vive résistance.
Le combat est long et difficile, l’aviation ne pouvant intervenir tant le contact est serré. Finalement avec le soutien des blindés du 1er G.E. du 8ème R.I.A. venus de Menzel Djemil, le sous-groupement réussit, après 2 heures de combat, à détruire pratiquement la compagnie tunisienne.
A 19H.00, il reprend son mouvement en avant et aztteint Zazouna puis la côte, à proximité de l’extrémité Nord-Est du goulet, où se trouve la dispositif d’amarrage et de tension Suddes câbles barrant le goulet.
16-    En fin de journée, les 2 sous-groupements ont ainsi atteint, faisant preuve d’une rare maîtrise, non sans difficultés ni pertes, les objectifs qui leur étaient assignés.
Les équipes spécialisées vont pouvoir, à priori sans difficulté, « ouvrir le goulet » mais il est clair que le goulet ne sera vraiment libre qu’à partir du moment où les formations qui en tiennent les rives seront couvertes sans discussion contre les attaques venant des zones encore occupées de Bizerte et de la région de Menzel Djemil.
Des opérations sont donc à prévoir à cette fin pour le lendemain.
17-    D’ici là, en prévision de cette éventualité un « sous-groupement AMARANTE » a été créé au début de l’après-midi. Placé sous les ordres du capitaine adjoint au Commandant du 2ème R.P.I.Ma, ce sous-groupement est constitué par :
–    3 compagnies du 2ème R.P.I.Ma (4ème, 3ème et C.P.) ;
–    1 peloton d’A.M. fourni par la base d’Aéronautique Navale de Karouba. Sa mission est de déborder la ville de Bizerte par le Nord et de s’assurer au Nord de la Médina, du Fort d’Espagne qui domine le goulet et le commande.
18-    Dès son départ de Karouba, le sous-groupement « AMARANTE » doit faire face à 2 embuscades successives : l’une à 17H.15 au Sudde la cote 100, à hauteur des carrières, dont il se dégage avec l’appui d’une patrouille de corsairs accrochés par radio en vol ; l’autre à 17H.45 sur la face nord de la cote 100, dans le col de Djebel Abiod.
A son arrivée au voisinage du Fort d’Espagne, le sous-groupement est stoppé par des feux puissants. La nuit étant proche, il s’installe à proximité de ce dernier dans l’attente du lendemain.
19-    Une nouvelle nuit commence, mais la situation cette fois est bien en main :
–    le 3ème R.P.I.Ma en entier, et la 2ème R.P.I.Ma, moins une compagnie envoyée la veille à Sidi Abdallah, occupent d’une part les rives du goulet, d’autre part les environs du Fort d’Espagne et de la prison civile qu’ils ont débordés par le Nord ;
–    le 3ème R.E.I., arrivé en entier, a disposé une partie de ses unités en couverture Ouest et Sud-Ouest de la base et le reste en réserve à Sidi-Ahmed ;
–    le 1/5 escadron de Gendarmerie Mobile, arrivé par avion d’Algérie en début de soirée et équipé en half tracks par les moyens de la base, est placé en réservé à la Pêcherie ;
–    le groupe « COLBERT » (TG 253/2) croise toujours au large de Bizerte ;
–    le T.G. 253/6 a été constitué à BONE et placé sous le commandement du Capitaine de Vaisseau Commandant le C.I.O.A. à bord du « MALGACHE ».
Le T.G. 253/6 reçoit l’ordre d’appareiller de BONE dans la nuit avec en particulier deux escadrons du 8ème Hussards, de manière à se présenter à l’entrée du goulet le samedi 22 vers midi.
20-    Du côté Tunisien, d’après les informations qui parviennent :
–    les éléments du 6ème Bataillon, sévèrement malmenés dans la région de Sidi Zid et du douar Djaffeur, se replieraient vers l’Ouest et vers le Suden direction de Tinda ;
–    les éléments du 7ème Bataillon et les unités de marche, stationnés dans l’isthme de Menzel Djemil, entameraient un mouvement de retraite en direction de Zana ;
–    les unités de marche et les compagnies du 5ème Bataillon, défendant la ville de Bizerte sont peu à peu refoulées en direction de la Médina ;
–    le Chef d’Escadron Bejaoui commandant le Groupe d’artillerie a été tué au cours de l’après-midi ;
–    les éléments de l’A.T. engagés sont désorganisés et les résistances rencontrées par nos forces sont plus le fait de gardés s’accrochant désespérément à certains points du terrain, que d’ordres du Gouvernement.
21-    A 21H.19, l’Amiral reçoit de la DEFNAT un Tg. Expédié à 17H.38 précisant que :
–    notre action militaire a pour objet exclusif de réaliser les conditions nécessaires à l’utilisation de la Base de Bizerte ;
–    qu’en ce qui concerne la ville de Bizerte nos seuls objectifs militaires doivent être les lieux d’où l’on peut tirer sur la base aérienne et le goulet ;
–    qu’une fois ces conditions réalisées, à moins d’une nouvelle attaque Tunisienne, notre action militaire sera terminée.
22-    La réalisation dans la journée du 22 du  programme ainsi limité ne semble pas devoir présenter de grandes difficultés.
Toutefois à 23H.35 l’Amiral est informé par la DEFNAT que selon des informations dignes de foi, d’après notre consul à Tunis, l’A.L.N. s’apprêterait à intervenir incessamment aux côtés des Tunisiens.
L’Amiral répond à 00H.20 qu’en raison de la très grave menace que ferait peser sur la base une telle intervention, l’envoi à Bizerte du régiment de parachutistes en alerte, à toutes fins utiles, lui paraissait indispensable.
 
CHAPITRE F
L’élargissement du périmètre contrôlé
par nos forces au cours de la journée du 22 Juillet
et le cessez-le-feu

 
1-    Le but à atteindre est désormais d’élargir le périmètre contrôlé par nos forces de façon à mettre les installations et communications terrestres, aériennes et maritimes à l’abri de toute surprise.
A cette fin, ont lieu dès la première heure du 22 Juillet les opérations suivantes :
2-    Dans le nord de la ville de BIZERTE le sous-groupement « Amarante » attaque dès l’aube de Fort du Koudia qui se rend à 8H.00 La prise du fort d’Espagne s’avère plus difficile ; d’importantes forces ennemies retranchées dans la Médina prennent les abords du fort sous leur feu et en interdisent les approches. Le fort finira pas tomber à 16 Heures.
Entre temps, les Casernes PHILEBERT, de l’Ouest et MAURAID qui couvrent la ville européenne du côté de la Médina ont été prises dans la matinée sans difficultés majeures.
Dans la partie européenne de BIZERTE, le nettoyage et la réduction des derniers nids de résistance se poursuivent en une succession de combats sporadiques, parfois très durs.
Finalement on peut dire qu’en fin de journée toute la partie de la ville de BIZERTE, nécessaire à l’exécution de notre mission, est entre nos mains.
3-    Les câbles barrant le canal ayant été « largués » au début de la matinée , en attendant d’être relevée et récupérés à l’aide d’un ponton grue dans le courant de la journée, à 12H.30 l’Escorteur d’Escadre «MAILLE BREZE » franchit le goulet et vient s’amarrer au Pentagone ; la base communique désormais librement de nouveau avec le large.
A 14H. 30, le TG 253/6 entre à son tour dans le port de guerre avec le reliquat des personnels et matériels prévus à charrue longue ; en particulier les échelons lourds de la 1ère B.R.G. et 2 escadrons du 8ème Hussard.
Dès 16H.30, le 1er escadron d’E.B.R. de ce régiment était mis à la disposition du 3ème R.E.I.
4-    Le 3ème R.E.I qui la veille a relevé les éléments du 3ème R.P.I.Ma occupant des positions défensives autour de la base, a reçu mission d’éérer largement le dispositif par des reconnaissances défensives à l’Ouest, au Sudet à l’Est.
–    A 05H.30, le groupement tactique n°2 du 3ème R.E.I. débarque à la baie des carrières et commence la fouille de la partie Ouest de la presqu’île de MENZEL DJEMIL. A 09H.00 la jonction est faire avec la 4ème Compagnie du 2ème R.P.I.Ma qui occupe ZARZOUNA des accrochages multiples ont lieu les Tunisiens se replient, ils seront poursuivis jusqu’au Sudd’EL AZID.
–    A 19H.00 la presqu’île « utile » peut être considérée comme nettoyée.
–    Dans le même temps le groupement tactique n°1 « reconnaît » la zone située dans le Nord Ouest de SIDI AHMED : il dégage l’installation de pompage de MERAZIG, installe un bouchon à SIDI BOU HATID, avance le long de la route de MATEUR.
–    Vers le sud, en direction de MENZEL BOURGUIBA, il reconnaît les douars MANCHARA et AIN EL FARAOUA, occupe la ligne de crête autour de BENI OUSSEL puis la cote 78 du DJEBEL TINDJA.
–    Quand la nuit arrive le contact n’a pu encore être pris avec la zone A : la seule route praticable traverse en effet les faubourgs des agglomérations de TINDJA et de MENZEL BOURGUIBA qui paraissent encore tenus par les troupes tunisienne. La prise et l’occupation de ces deux agglomérations très peuplées posent un problème politique et un problème militaire.
5-    Dans le Nord, enfin, de la Zone B un sous-groupement motorisé, aux ordres du Commandant Adjoint du 3ème R.P.I.Ma a été contitué avec deux compagnies du 3ème R.P.I.Ma (la C.A. et la C.P.) renforcées dans l’après midi par le commando retiré de BIZERTE et un peloton de chars du 8ème R.I.A.
Au cours de la journée il reconnaît les lignes de crêtes du BOU HALLOUFA, du HAMMEL et du DJEBEL ABICD, puis celles du BENI MESLEM et du KEBIR. Il « nettoie » ensuite les zones qui les entourent et rétablit la liberté des communications entre la base et les installations fixes du MESLEM, du KEBIR et du NADOR.
6-    Pendant que ces opérations se poursuivent, à 13H.00 la DEFNAT demande à l’Amiral de lui faire connaître à quelle heure les combats sont susceptibles de se terminer.
L’Amiral répond à 14H.21 que « la cessation des combats dans la ville de BIZERTE ne dépend pas de nos forces qui occupent toutes les positions qui commandent le goulet, mais d’éléments Tunisiens qui poursuivent de multiples actions de rues et d’embuscades ».
7-    A 14h.28, l’Amiral est avisé que l’envoi des renforts, dont il avait suggéré l’acheminement pour faire face à une éventuelle menace de l’A.L.N., n’aura pas lieu étant donné l’évolution de la conjoncture.
A 16H.50, un Tg. De la DEFNAT lui prescrit d’annoncer officiellement, dès qu’il aura mené à leur terme les dernières opérations destinées à assurer la sécurité de la base, la sécurité des troupes et la liberté des communications, « que les opérations militaires sont terminées et que l’armée française n’entrera désormais en action que si elle est attaquée ».
A 18H.23, l’Amiral reçoit un nouveau Tg. De la DEFNAT lui précisant que ses interventions, dans la vie quotidienne des populations habitant les quartiers contrôlés par nos troupes, devront être limitées à ce qu’il estimera nécessaire pour assurer la sécurité des troupes et qu’en conséquence toute apparence et si possible toute réalité d’administration directe devra être évitée.
8-    Bien que les actions limitées continuent à avoir lieu du fait de l’attitude hostile de nombreux éléments dans les localités ou sur les voies de communication, l’Amiral fait connaître à 19H.20 à la DEFNAT qu’il estime possible de faire sans plus attendre la communication souhaitée concernant la fin des hostilités par les troupes françaises.
Les dernières résistances pourront être réduites par de simples opérations de police, d’autant plus que tous les renseignements qui parviennent indiquent que la majeure partie des troupes tunisiennes et des « volontaires » se replient de tous côtés, le plus souvent en désordre. Dans la Médina, par contre, semblent converger des éléments encore en état de combattre : mais il n’est pas question d’entrer dans la Médina, BIZERTE devant rester une ville tunisienne, administrée par des autorités tunisiennes dans laquelle nous ne devons occuper et contrôler que les seuls quartiers « commandant » le goulet.
Pour les mêmes raisons, il n’est pas question également d’entrer dans les villes de TINDJA et de MENZEL BOURGUIBA.
9-    A 20H.00 la « communication » concernant la fin des combats, est faite par les soins du Gouvernement Français.
A 20H.15 l’Amiral reçoit l’ordre d’entrer en contact avec l’autorité tunisienne pour négocier un cessez-le-feu.
10-    La négociation a lieu « par téléphone » entre l’Amiral et M.Hedi MOKADDEM, Gouverneurpar intérim en l’absence du Gouverneuren titre Mohamed Ben Lamine, parti de BIZERTE deux jours avant, pour des raisons officiellement inconnues.
Après 3 heures 35 de discussions courtoises, mais âpres et difficiles, l’accord finalement est conclu.
11-    A 02H.30, le 23 Juillet l’Amiral en réponse à une lettre qu’il a fait porter à 1H.00 au siège du Gouvernorat, reçoit du Gouverneurla lettre ci-après qui scelle l’accord :
« Amiral, je vous accuse réception de votre lettre du 23 Juillet ainsi conçue CITATION- A la suite de notre conversation téléphonique je donne les instructions nécessaires pour que, sous réserve de réciprocité de la part des Troupes Tunisiennes, les Troupes placées sous mon commandement « Cessent le feu » au plus tard :
–    à 01heure locale, le 23 Juillet 1961, à l’intérieur de la ville de BIZERTE (limité approximativement à l’Ouest par une ligne allant de la porte de MATEUR au Fort d’Espagne)
–    à 08 heures locales, les 23 Juillet 1961, à l’intérieur du Gouvernorat de BIZERTE (au lieu de 10 heures comme indiqué dans une lettre précédente).
–    Je vous confirme par ailleurs :
–    Que des instructions ont été données pour que des émissaires du Gouvernement Tunisien puissent se déplacer à leur convenance à partir de 6 heures locales dans des voitures portant un fanion aux couleurs tunisiennes, pour faire parvenir l’ordre de cesser les combats.
–    Que je suis prêt à entrer en relation avec vous dans les meilleurs délais possibles, en principe à partir de 14 heures le 23 Juillet, pour discuter des problèmes consécutifs à la cessation des combats.
–    Je vous demande de bien vouloir m’accuser réception de cette lettre et d’agréer, Monsieur le Délégué, l’assurance de ma considération distinguée » – FIN DE CITATION.
–    J’ai l’honneur de vous confirmer mon accord sur sa teneur. Veuillez agréer, Amiral, l’expression de ma considération distinguée.
Signé MOKADDEM
 
CHAPITRE G
Epilogue Du cessez-le-feu au retour
dans les enceintes le 10 Octobre

1-    Conformément à l’accord conclu le cessez-le-feu est effectif dans BIZERTE  intra-muros à partir de 1 heure le 23 ; partour ailleurs à partir de 8 heures.
2-    Il s’agit désormais de s’organiser pour :
–    défendre le terrain occupé par nos troupes contre toute menace, qu’elle vienne de l’extérieur ou de l’intérieur.
–    Assurer le maintien de l’ordre, la liberté des communications et la protection de nos installations militaires.
–    Se tenir prêt à reprendre les hostilités.
3-    L’organisation territoriale des quatre « zones A, B, C et D » est maintenue, quatre secteurs de défense sont en outre crées sous l’autorité du Commandant des F.T.I.B. :
a)    un secteur Est ou de MENZEL DJEMIL aux ordres du Commandant du 2ème R.P.I.Ma disposant du 2ème R.P.I.Ma moins 2 compagnies et du 2ème groupe d’escadrons du 8ème R.I.A.
Le Commandant de ce secteur, a pour mission de couvrir les abords Suddu goulet, en barrant solidement l’isthme de MENZEL DJEMIL suivant une ligne laissant dans l’ouest le Fort du RMEL, et dans l’est l’agglomération de MENZEL DJEMIL.
b)    Un secteur Nord ou de BIZERTE aux ordres du commandant du 3ème R.P.I.Ma disposant de ce régiment et du 1er groupe d’escadrons du 8ème R.I.A.
Le Commandant de ce secteur a pour mission :
–    de contrôler les quartiers européens de BIZERTE et de marquer étroitement la Médina.
–    D’assurer la sécurité de la zone située dans le Nord du goulet en dehors de BIZERTE, à l’Est d’une ligne suivant le cours de l’Oued MERAZIG, jusqu’à la station de pompage, puis de là, sensiblement droit vers le Nord jusqu’à la côte.
c)    Un secteur Ouest ou de SIDI AHMED aux ordres du Commandant du 3ème R.E.I., disposant du 3ème R.E.I à deux E.M.T et du groupe d’E.B.R. du 8ème Hussard.
   Le Commandant de ce secteur a pour mission de contrôler la zone s’étendant à l’ouest de l’Oued MERAZIG jusqu’à la station de pompage, puis de là, à l’Oued TINDJA en passant par SIDI BOU HADID, le Douar BEN NOUR et le DJEBEL TINDJA.
d)    Un secteur Sud ou de SIDI ABDALLAH aux ordres du Commandant en second du 2ème R.P.I.Ma dans le même temps adjoint « Terre » du Commandant de la zone A, chargé d’assurer la coordination de l défense, de cette zone en disposant de la 12ème Compagnie du 8ème R.I.A., de la compagnie de défense Marine et de 2 Compagnies du 2ème R.P.I.Ma
4-    Au moment du cessez-le-feu nous disposons ainsi autour des installations de la base Stratégique, communiquant librement avec l’extérieur par mer et par terre, d’un large périmètre de défense dans lequel nous avons retrouvé toute notre liberté d’action.
Il est malheureusement certain que nous ne tarderons pas à être « gênés » par :
–    la présence dans l’intérieur de la Médina, au centre de notre dispositif, de nombreuses formations paramilitaires et militaires ;
–    l’impossibilité de communiquer par voie de terre entre les zones A et B.
–    la dualité d’autorité dans les quartiers européens de BIZERTE : autorité de droit tunisienne, de fait française.
5-    La suite des évènements jusqu’au retour dans les enceintes du 18 Juillet, échappe en partie à l’objet du présent compte-rendu.
Une chronologie sommaire en est seulement donnée ci-après :
–    23 Juillet : le cessez le feu est partout effectif à partir de 08H.00. La rencontre, prévue dans l’accord, qui devait avoir lieu entre l’Amiral et le Gouverneur à partir de 14H.00 pour régler les conditions d’application pratiques du cessez le feu, est ajournée sine die, le Gouverneur exigeant que cette réunion ait lieu au siège du Gouvernorat. Dans un but d’apaisement l’Amiral avait suggéré, sans succès, que cette réunion ait lieu dans un immeuble de BIZERTE, même public, tel que la Capitainerie du Port.
–    24 Juillet : Chacun s’organise sur ses positions. Monsieur H. est à TUNIS ; il est prescrit à l’Amiral de ne pas le recevoir et de lui interdire toute entrée dans le domaine militaire français, dans le cas où il se rendrait à BIZERTE, « étant donné qu’il n’a pas demandé d’autorisation au Gouvernement Français »
Le Croix Rouge visite les camps de prisonniers tunisiens ; son délégué est reçu par l’Amiral.
Le « COLBERT3 appareille pour TOULON avec 350 femmes et enfants habitant des quartiers sinistrés dont l’évacuation apparaît nécessaire.
–    25 Juillet : Contacts avec le Gouverneur par l’intermédiaire du Consul Général. Retour à une vie plus normale à BIZERTE.
Reprise des vols d’entraînement.
Le président de la République prie l’Amiral de transmettre aux forces des trois armées « le témoignage de sa confiance et de son affection ».
–    26 Juillet : la Médina tenue par les Tunisiens se transforme petit à petit en forteresse. Le dispositif mis en place pour la neutraliser le cas échéant, est le suivant : aux abords immédiats 4 compagnies et 1 L.C.M. tenant sous leur feu toutes les issues.
Aux portes de la ville et sur  les grands axes routiers, des barrages de gendarmes pour empêcher tout trafic d’armes. En réserve, à proximité de la Médina, 2 compagnies de para et 1 peloton de chars.
Vers 16H. Mr. H. arrive avec une nombreuse suite à BIZERTE après avoir été « contrôlé » par notre poste de surveillance au bac. Bien que le contrôle ait été courtois et rapide, M.H. proteste ; il se rend au Gouvernorat d’où il fait demander par son adjoint M. SPINELLI une entrevue à l’Amiral. Celui-ci conformément aux instructions reçues décline courtoisement.
M.H. quitte BIZERTE en fin d’après-midi après avoir fait un rapide « tour de ville ».
Le DEFNAT précise les conditions dans lesquelles la base serait renforcée en cas de reprise des hostilités.
–    27 Juillet : Mise au point du plan de renforcement. La VILLE D’ORAN embarque, dans le port de commerce, à destination de MARSELLE, 497 réfugiés.
–    30 Juillet : pour la première fois le DEAGRASSE vient s’amarrer pour la journée dans le port de guerre.
Pour éviter toute action susceptible d’être interprétée comme une provocation l’Amiral interdit toute reconnaissance à vue au moyen d’avion à réaction au-dessus de la TUNISIE.
La Base s’organise pour durer et faire face à des actes de terrorisme ou de gérilla, comme à une reprise plus au moins brutale des hostilités. Aucun mouvement suspect n’est décelé depuis plusieurs jours, aux abords immédiats de la base. Les conditions d’existence s’améliorent, mais le « DESTOUR » empêche toute collaboration sérieuse entre nous et les Tunisiens.
Dans la soirée, 3 soldats du 3ème R.P.I.Ma regagnant leurs cantonnements avec un camion de dépannage se trompent d’itinéraire et entrent dans la Médina. Les factionnaires Tunisiens les laissent passer puis les font prisonniers.
Auparavant, trois civils de BIZERTE ayant été faire des achats dans le Médina avaient été arrêtés dans des conditions analogues.
–    31 Juillet : A la suite des arrestations ci-dessus, l’Amiral décide de « boucler » la médina avec des barbelés, de limiter à quatre les lieux de passage entre quartier européen et musulman, avec contrôle obligatoire des personnes entrant ou sortant.
La mise en place des barrages soulève une vive agitation, le Gouverneur proteste, mais l’Amiral subordonne toute atténuation à la restitution des militaires et civils arrêtés illégalement la veille. En fin de journée, les barrages sont en place et le resteront jusqu’à la fin de « l’occupation » de BIZERTE.
Le président de CAZALET quitte BIZERTE avec 1239 réfugiés à destination de la France.
–    1er Août : depuis quelque temps, chaque jour, des légionnaires du 3ème R.E.I. désertent. La DEFNAT s’en inquiète et envisage une relève de ce régiment par une autre formation.
Nombreuses protestations Tunisiennes contre les exactions que commettraient nos troupes ; les enquêtes effectuées montrent que les faits signalés sont inventés ou notoirement grossis.
–    3 Août : Les Tunisiens s’intéressent particulièrement au sort de leurs prisonniers : nous sommes accusés de les faire « travailler » contrairement aux prescriptions de la convention de Genève.
–    6 Août : Il est précisé que seuls les militaires tunisiens prisonniers de guerre sont astreints à « des corvées d’entretien et de manutention entrant dans le cadre des Conventions de Genève ».
Dans la journée, à la suite de longues tractations, sont échangés sans incident les trois parachutistes et deux marins faits prisonniers par les Tunisiens après le cessez-le-feu, contre 12 soldats Tunisiens qui s’étaient rendus à nos troupes également après le cessez-le-feu ; mais les trois civils arrêtés restent détenus : les barrages autour de la Médina restent donc en place.
–    8 Août : L’Amiral quitte BIZERTE dans l’après midi pour se rendre à PARIS où il est convoqué par le Chef d’Etat Major Général de la Défense Nationale.
–    9 Août : Il est décidé que le 3ème R.E.I., qui a perdu de l’ordre de 70 déserteurs, sera relevé dans les meilleurs délais. La situation s’étant stabilisée, la relève sera seulement de 500 hommes fournis par le 8ème Hussard et la D.B.F.M.
Les Tunisiens ayant décidé d’infliger un traitement inhumain aux français civils et militaires appréhendés pour servir d’otages, au cours des évènements de Juillet, dans le cas où nous continuerions à faire travailler même dans le cadre de la Convention de Genève, les militaires prisonniers de guerre que nous détenons, il est prescrit de faire cesser à ceux-ci tout travail.
–    10 Août : Il semble que l’Armée Tunisienne accentue le renforcement de son dispositif en Médina ainsi qu’autour de BIZERTE et d’une façon plus particulière dans la région de TINDJA et sur la face Ouest de notre périmètre.
–    13 Août : A 03H.30, une patrouille du 3ème R.E.I. dans la région de BECHATEUR se heurte à des « volontaires » Tunisiens qui ouvrent le feu. Deux légionnaires sont tués. Des renforts ayant été envoyés, les « volontaires » décrochent en abandonnant sur le terrain trois morts.
–    14 Août : A 01 H.30, deux compagnies de la D.B.F.M. débarquent au titre de la relève du 3ème R.E.I.
                  A partir de 16H.00 la « DIVES », « LE TRIEUX » et le « BLAVET » appareillent pour ALGER avec le 3ème R.E.I.
–    15 Août : « l’ARGENS » débarque dans la nuit les éléments du 8ème Hussard destinés à compléter le relève du 3ème R.E.I.
Les Tunisiens procèdent ostensiblement à des travaux d’organisation du terrain à proximité de nos lignes dans l’isthme de MENZEL DJEMIL. D’une façon générale, le climat s’alourdit.
A la suite du départ du 3ème R.E.I. et de sa relève partielle, notre dispositif est remanié.
–    16 Août : il se confirme que le 18Août, à la veille de l’ouverture d’une session spéciale de l’O.N.U. convoquée pour examiner les suites de l’affaire de BIZERTE, de grandes manifestations doivent avoir  lieu un peu partout en TUNISIE, en particulier et surtout à BIZERTE. Des incidents sont à craindre pour ce jour là.
lE « DE GRASSE » regagne TOULON ; deux Escorteurs d’Escadre restent désormais seuls à BIZERTE à la disposition du Commandant de la Base.
–    17 Août : Le Gouverneur confirme à 11H.00 à notre Consul que des manifestations susceptibles d’être violentes étaient possibles à partir du 18 à BIZERTE et MENZEL BOURGUIBA.
Pour parer à toute éventualité, un régiment para est mis en France en alerte à 12 Heures, un Porte-Avions à 6 Heures.
L’Amiral notifie par écrit au Gouverneur« qu’il n’admettra aucune manifestation aux issues de la Médina de BIZERTE, dans les quartiers que nous contrôlons, ainsi d’une manière générale qu’à proximité des périmètres tenus par nos troupes, en particulier à LA PECHERIE et à MENZEL BOURGUIBA ».
A partir de 18 Heures, tous les personnels sont consignés à la base mise en état d’alerte.
–    18 Août : le Général PUGET, chef d’Etat Major Général de la Défense Nationale p.i. passe la journée à BIZERTE.
Celle-ci se déroule sans incident, mais en fin d’après midi :
–    à MENZEL BOURGUIBA, une première manifestation, apparemment ordonnée, groupant environ 600 personnes, a lieu à bonne distance de nos enceintes : nous n’intervenons évidemment pas.
–    à BIZERTE, par contre, à partir de 18 Heures 400 manifestants environ se rassemblent à une issue de la Médina en vue de se rendre en cortège à travers l ville au siège du Gouvernorat pour y déposer une motion exigeant notre départ.
Pour essayer d’éviter des incidents majeurs, l’Amiral accepte de laisser passer une délégation d’une quinzaine de personnes, mais cette offre d’abord acceptée est finalement refusée. « Tous ou Rien ». Ordre est donné dans ces conditions d’interdire toute tentative de franchissement des barbelés.
Jusqu’à 19 Heures les manifestants se contentent de « crier » puis se dispersent.
–    19 Août : A partir de 0H.00, les manifestants se regroupent et tentent cette fois de franchir par la force les barbelés. Les paras et les marins de la D.B.F.M. qui gardent les issues, lapidés à coups de pierre et de tessons de bouteilles amenés par camions entiers de l’intérieur de la Médina, rendent coup pour coup ; ils réussissent à tenir sans tirer, aidés par les pompiers qui déversent des tonnes d’eau sur les manifestants.
A 6 Heures, le calme revient mais la nuit a été rude.
La Médina est « bouclée » ; les contrôles sur les routes sont renforcés, bien que le Gouverneur ait affirmé au Consul qu’aucune manifestation n’était plus envisagée.
–    20 Août : la nuit ayant été effectivement calme, l’Amiral dans la matinée prescrit de reprendre progressivement le régime de circulation qui était en vigueur avant le 18 Août.
Vers 10H.30, nouvel incident au voisinage de BECHATEUR : des gardes nationaux prennent position à l’intérieur de notre dispositif. L’arrivée d’un peloton d’E.B.R. les amène à se replier.
–    23 Août : Fête du MOULOUD, célébrée sans incident en ville comme dans les camps de prisonniers.
La circulation entre la Médina et la Ville européenne se fait désormais à travers 4 issues : 3 pour les piétons, 1 pour les véhicules de moins de 2 tonnes. A chaque issue, le contrôle a essentiellement pour but de déceler tout trafic d’armes. Les véhicules de plus de 2 tonnes ne sont pas admis en raison des difficultés pratiques de contrôle.
Incidents mineurs habituels.
–    25 Août : l’Amiral demande la constitution d’un tribunal militaire à l’intérieur de la base pour juger tous les auteurs d’actes délictueux commis en ville depuis les événements.
On reparle de manifestations. L’Armée Tunisienne poursuit l’organisation du terrain et se renforce autour du périmètre que nous tenons.
–    27 Août : Les ouvriers tunisiens qui travaillaient dans la base avant les évènements n’ont évidemment pas été réembauchés ; il en résulte de très grosses difficultés de « main d’œuvre » dont l’Amiral rend compte.
Le renforcement de l’adversaire sur le périmètre de la zone de BIZERTE se confirme.
–    28 Août : Des renseignements indiquent que les éléments les plus « durs » du Destour envisageraient de créer prochainement un incident au cours duquel nous serions obligés de tirer, afin de démontrer que notre présence constitue un danger permanent et d’obliger BOURGUIBA à reprendre les hostilités.
–    29 Août : Il est confirmé que le Gouvernement Tunisien a demandé officiellement l’ouverture d’une enquête internationale sur les soi-disant atrocités commises par nos troupes.
On parle de plus en plus d’un prochain « clash » au cours du quel les Tunisiens s’efforceraient de pénétrer dans les quartiers européens.
–    2 Septembre : Activité accrue de l’adversaire aux abords du périmètre.
D’excellente source on apprend que des armes sont amenées dans les bâtiments administratifs de la ville, des cisailles en Médina.
L’atmosphère se tend : il est manifeste que « quelque chose » se prépare.
–    4 Septembre : Profitant du séjour de BOURGUIBA à BELGRADE, où il s’est rendu pour assister à la conférence des pays non engagés, les « durs » du Destour s’apprêtent au pire.
Activité intense de l’Armée Tunisienne. Arrivée progressive à BIZERTE de volontaires destouriens. Il semble que nos adversaires aient l’intention de déclencher des manifestations, simultanément en Médina et en ville européenne. Nos troupes seraient prises entre deux feux.
Dans la soirée, la menace se précise. L’Amiral fait renforcer le dispositif dans BIZERTE, en prélevant les moyens nécessaires sur les formations qui assurent la protection extérieure de la base. Des barrages de barbelés sont en outre disposés dans la ville européenne pour la cloisonner.
–    5 Septembre : Les manifestations annoncées se déclenchent effectivement à 11H.45 : des manifestants sortent des édifices publics et se précipitent vers la Médina et les barrages établis par nos troupes. De durs bagarres éclatent partout.
Un de nos groupes encerclé doit tirer pour se dégager. Des coups de feu sont également tirés par les Tunisiens. Finalement l’ordre est rétabli au début de l’après midi.
Les Tunisiens ont 3 morts et de très nombreux blessés. Nous, une dizaine de blessés. 34 manifestants ont été appréhendés.
A 16 heures l’Amiral interdit l’accès de l’agglomération de BIZERTE, sauf aux femmes et aux enfants, ainsi que toute circulation entre la Médina et la ville européenne. Tous les véhicules qui se présentent sont refoulés. A partir de 20 H. 00 le couvre feu est établi.
–    6 Septembre : la nuit ayant été calme, l’Amiral allège quelque peu le dispositif de bouclage et de contrôle mis en place, mais l’atmosphère reste très lourde.
Des déclarations faites par le Président de la République au cours d’une conférence de presse la veille, sont présentées dans la presse comme fermant la porte à toute négociation. Les manifestants de la veille se regroupent dans les bâtiments publics et la Médina où l’Armée Tunisienne semble poursuivre fiévreusement à la veille d’évènements extrêmement graves.
Pour gagner du temps et éviter des mesures de rétorsion contre la colonie française de TUNISIE, l’Amiral fait libérer les manifestants arrêtés la veille, envers qui aucun fait positif n’est retenu.
Au début de la soirée parvient la nouvelle d’une déclaration conciliante faite par BOURGUIBA à BELGRADE. Cette nouvelle fait l’effet d’une bombe : les « durs » du Néo-Destour » s’interrogent et la soirée qui s’annonçait indiscutablement sanglante, s’achève dans un calme angoissé.
–    7 Septembre : Il se confirme que BOURGUIBA es décidé à engager des négociations.
La très vive tension des jours précédents décroît. Petit à petit la circulation et les contacts redeviennent ce qu’ils étaient avant le 5 Septembre.
L’Amiral est informé que pour accélérer la détente recherchée, les Gouvernements Français et Tunisiens ont convenu de procéder dans les meilleurs délais à l’échange des prisonniers que nous avons fait au  cours des combats, contre les otages appréhendés par les Tunisiens.
Malheureusement dans le même temps, se réunit à TUNIS une « Commission d’Enquête », nommée par la Commission Internationale des Juristes » pour « investiguer sur les allégations du Gouvernement Tunisien concernant des violations prétendues des droits de l’homme par les forces armés françaises ». Les membres de cette commission demandent à l’Amiral l’autorisation d’aller à BIZERTE, d’interroger des témoins et d’avoir un entretien avec lui.
–    8 Septembre : D’ordre du Gouvernement, l’Amiral répond aux membres de la commission d’Enquête sur les « crimes de guerre français » que l’enquête en question faisant l’objet de pourparler diplomatiques entre gouvernements, il ne lui est pas possible de donner suite à leur requête.
La Commission poursuit ses réunions à TUNIS dans une atmosphère hostile à notre Pays.
A BIZERTE, la détente par contre s’accentue : manifestement les destouriens sont désemparés.
–     9 Septembre : Les négociations entre les gouvernements français et tunisien paraissent évoluer favorablement. Les servitudes du plan de renforcement de la base sont allégées.
–    10 Septembre : L’échange des prisonniers tunisiens et des otages français a lieu à MENZEL DJEMIL au cours de la journée, sans incident, dans les conditions prévues par les deux Gouvernements.
–    11 Septembre : Répondant à une question qui lui est posée, l’Amiral fait connaître qu’à son avis, dans le cas où le Gouvernement français estimerait opportun de prescrire le repli de nos troupes dans les installations constituant la base stratégique de BIZERTE, il serait indispensable d’un point de vue militaire :
–    que le Médina, comme la ville européenne soient préalablement démantelées
–    que les limites des enceintes de repli ne soient plus les limites incohérentes et dangereuses du 18 Juillet, mais des limites dessinées en fonction de la domanialité, pour assurer un minimum de sécurité aux installations les plus vitales de la base et faciliter son existence courante.
–    Que les forces françaises puissent circuler librement, en armes avec leurs matériels, entre les différentes enceintes et les polygones d’exercices définis à l’occasion de l’établissement des nouvelles limites de la base.
–    13 Septembre : L’Amiral est avisé que le Gouvernement Français a fait connaître au Gouvernement Tunisien que l’Aviso « DUSTUR » et les 2 vedettes prises par nos forces u cours des opérations de BIZERTE seraient restitués aussitôt la situation normalisée.
Les négociations se poursuivent entre Gouvernements, les intermédiaires français sont en TUNISIE, M. ROYERE Consul Général de France à TUNIS et M. JEANNOT Consul Général de France à BIZERTE.
L’Amiral est régulièrement avisé du déroulement de ces négociations. A BIZERTE, la détente s’accentue et l’existence reprend petit à petit un rythme plus normal ; mais une certaine méfiance subsiste de part et d’autre : notre dispositif reste en place.
–    16 Septembre : L’Amiral confirme son avis exprimé le 11 sur les conditions minima d’un retrait de nos troupes autour des installations militaires de la base.
–    17 Septembre : On parle toujours de manifestations : il est certain que les Destouriens s’agitent, mais sans grande conviction.
En tout état de cause, les négociations entre Gouvernements étant estimées de part et d’autre suffisamment avancées, une première réunion, en vue d’établir un projet de modus vivendi, a lieu au siège du Gouvernorat entre une délégation tunisienne présidée par M. ESSABSI, haut fonctionnaire Tunisien, assisté d’officier et une délégation française présidée par M. JEANNOT assisté d’Officiers désignés par l’Amiral pour régler les problèmes techniques qui pourraient résulter d’un accord conclu par les chefs de délégation.
–    Du 17 Septembre au 29 Septembre les négociations se poursuivent avec des alternatives diverses.
Aucun incident sérieux n’est à signaler pendant cette période.
Finalement le 29 Septembre, l’accord suivant est signé : « Une délégation française présidée par Monsieur JEANNOT, Consul Général de France à BIZERTE et une délégation tunisienne présidée par M.BEJI CAID ESSEBSI, Directeur de l’Administration Régionale et Communale, se sont rencontrées à BIZERTE du 17 au 29 Septembre 1961.
Elles sont convenues des dispositions suivantes :
1)    Les Forces Françaises et les Forces Tunisiennes feront mouvement conformément au calendrier annexe.
2)    Les obstacles à la circulation seront levés dans les conditions également prévues au dit calendrier ».
–    Le 2 Octobre commencent les mouvements prévus dans le calendrier joint à l’accord ci-dessus, établi par les experts militaires des deux délégations.
–    Le 10 Octobre, les troupes françaises achèvent de regagner les enceintes qu’elles occupaient le 18 Juillet : une page de l’histoire de BIZERTE est tournée.

 

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