Bombardement à Sakiet Sidi Youssef le 8 février 1958

Alger, le 13 février 1958
COMMANDEMENT SUPÉRIEUR INTERARMÉES
10ème RÉGION MILITAIRE
ETAT-MAJOR 3° BUREAU
ACTION AERIENNE DE LEGITIME DEFENSE A SAKIET –
Le 8 février 1958

La riposte aérienne de SAKIET a été conduite contre des objectifs militaires, avec le souci d’épargner au maximum la population civile et dans la cadre de la légitime défense.
Le village tunisien de SAKIET SIDI YOUSSEF et la mine de SAKIET à 6 Kms au Sud, servent depuis plusieurs mois de paravent à une importante base de transit FLN. De cette agglomération partent les convois de recrues instruites et d’armement en direction des Wilayas 2 et 3. En outre, la ville est un repaire à des éléments rebelles de la Wilaya de SOUK AHRAS qui, à l’abri de la frontière tunisienne, effectuent impunément des coups de mains et des embuscades sur nos éléments frontaliers, telles l’attaque du poste d’ARGOUB KERMA du 20 Octobre 1957 et l’embuscade du 11 janvier 1958 au Sud-Est de SAKIET.
Le village de SAKIET n’est donc rien d’autre qu’un gîte de H.L.L. dont l’activité est couverte par le gouvernement tunisien.
Les rebelles occupent dans le village même quelques locaux dont la maison forestière et cohabitant en d’autres endroits avec l’armée et la garde tunisienne.
Trois emplacements d’armes anti-aériennes sont installés dans le village : 2 à l’intérieur même sur la place centrale, le dernier en lisière sur le poste des douanes.
A quelques kilomètres au Sud du village, un camp rebelle a été érigé dans une mine désaffectée où 6 emplacements de D.C.A. ont été identifiés.

 

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Pour assurer la sécurité des convois ravitaillant nos postes, des escortes aériennes sont prévues le long de la frontière.
Or, depuis le 30 Août 1957, les avions qui effectuent des protections de convois ou des reconnaissances à vue ont essuyé 29 attaques à partir d’armes de D.C.A. installées en territoire tunisien, alors qu’ils opéraient dans l’espace aérien français. Sur ces 29 attaques, 13 sont parvenues d’emplacements de D.C.A. situés aux abords immédiats de SAKIET et dans le village même.
Quand le 8 février, après la 29ème attaque tunisienne sur un de nos avions qui, touché, était contraint de se poser précipitamment sur le terrain de TEBESSA, nous ripostions avec l’aviation en attaquant uniquement dans SAKIET les armes qui venaient une nouvelle fois, et à l’encontre de toutes les lois internationales, de prendre à partie un de nos appareils, nous ne faisons qu’un acte de légitime défense.

 

 

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L’action aérienne de SAKIET a été déclenchée dans le cadre d’ordres reçus, précisant que la riposte aux tirs de la D.C.A. installée en Tunisie serait effectuée par l’Armée de l’Air sous l’une des 3 formes suivantes en fonction des circonstances locales :
– Soit par attaque immédiate par les avions pris à partie,
– Soit par intervention du P.C. Air dans les 3 heures qui suivent,
– Soit sur demande de tirs adressée à l’Armée de terre,
à condition que cette D.C.A. ait été identifiée sans aucune ambigüité.
L’intervention sur SAKIET n’a donc pas été une improvisation des chefs militaires locaux, mais bien l’exécution d’ordre reçus.

 

 

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L’action aérienne n’a eu comme but que la destruction des objectifs militaires. Les moyens aériens mis en œuvre ont été adaptés avec soin à cette mission. C’est ainsi que l’intervention contre les emplacements de D.C.A. situés dans l’agglomération même a été confiée uniquement à des avions CORSAIR attaquant avec le maximum de précision en piqué. Si des pertes civiles en ont résulté, il faut en incriminer les autorités tunisiennes qui ont toléré l’installation d’objectifs militaires au milieu de la population civile.
Quant aux bombardiers B.26, leur emploi fut aux mines de SAKIET dont les bâtiments étaient occupés exclusivement par des troupes rebelles et qui comportaient 6 emplacements de D.C.A.

 

 

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Certains se sont fait l’écho d’un point de vue selon lequel une riposte à base d’unités terrestres ou aéroportées aurait été moins coûteuse pour la population civile. C’est vite oublier que la réduction de 500 H.L.L. bien armés et retranchés dans la ville comme aux mines aurait entraîné l’engagement de moyens d’Infanterie et d’armes blindées importants et corrélativement l’appui de l’Artillerie et de l’Aviation. La mise en œuvre de tous ces moyens et les combats de rues qui en auraient résulté n’auraient pas manqué d’occasionner de très fortes pertes dans les rangs de la population civile. Ces risques avaient été pesés et le choix de l’intervention aérienne a été arrêté en toute connaissance de cause avec le souci d’éviter le maximum de pertes civiles.

 

 

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Notre droit est confirmé par les faits. L’action de SAKIET est bien un acte de légitime défense contre des objectifs militaires installés en Tunisie et attaquant des avions français qui survolaient le territoire français. La riposte a été effectuée avec des moyens qui seuls, grâce à leur précision et à leur possibilité d’action directe, pouvaient limiter au maximum les pertes civiles.

 

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