Bourguiba et l’aide matérielle à la rébellion algérienne – 6 Mai 1956

BOURGUIBA et l’aide matérielle des Tunisiens à la rébellion algérienne et le Sud Tunisien

Trés secret

S.H.A.T. : 6 Mai 1956

Depuis les premiers contacts pris avec la rébellion algérienne par M. BOURGUIBA au cours d’une tournée, en janvier dernier, dans la région de GAFSA, le Bureau Politique du Néo-Destour n’a pas cessé de rechercher un « modus vivendi » avec ses voisins.

Dès le départ, le Bureau Politique s’est efforcé de marchander la non-intervention des rebelles algériens sur le sol tunisien contre certaines complaisances. Les populations tunisiennes devaient alors aider dans toute la limite du possible les algériens, sans bien entendu se placer dans un mauvais cas. Des guides et du ravitaillement devaient en particulier être fournis.

Il semble maintenant établi que ces premiers contacts entre Bureau Politique et Algériens n’avaient abouti qu’un marché de dupes pour les Tunisiens. Les rebelles algériennes, en effet, ne devaient pas cesser leurs activités. Alors que les bandes tunisiennes avaient pratiquement disparu dans la moitié Nord de la Tunisie que le Bureau Politique entendait avant tout préserver, les Algériens, soit par eux-mêmes soit en collusion avec les yousséfistes au sein des bandes mixtes, devaient continuer à troubler la région.

Au cours du mois de mars, Bureau Politique a certainement décidé d’aller plus loin dans la voie des complaisances Selon certaines indications il aurait dès cette époque remis aux rebelles algériens des quantités assez importantes d’armes récupérées sur des particuliers, (il faisait alors une chasse très active aux armes « isolées »). L’homme de confiance de M. BOURGUIBA, dans le Nord-Ouest de la Tunisie, ALI MAHJOUB, aurait pris lui- même une part importante à ces trafics d’un nouveau genre.

La collusion entre le Bureau Politique et les rebelles algériens semble enfin être entrée dans un stade quasi officiel depuis le milieu d’avril. A cette date en effet deux représentants importants des Algériens arrivaient à TUNIS, où ils étaient les hôtes du Ministère de l’Intérieur.

Dans un premier temps les représentants de la rébellion algérienne paraissent s’être bornés à demander aux Tunisiens à bénéficier de l’aide de leurs services de la Santé Publique dans les zones frontières où ils éprouvaient quelques difficultés à soigner leurs blessés. Cette aide leur a été aussitôt promise.

Plus récemment, le Bureau Politique et le Ministère de l’Intérieur tenaient une conférence avec l’un des représentants algériens en vue de mettre au point une collaboration concernant d’importants trafics d’armes. Selon la source exceptionnellement bien placée qui nous renseigne, les Tunisiens ont promis de réceptionner et d’acheminer sur la frontière algérienne des lots importants d’armes offertes par la Chine communiste aux rebelles algériens au moment de la conférence de BANDOENG et encore stockées en Italie. Des bâtiments rapides montés par des équipages recrutés à TANGER et à ALEXANDRIE doivent incessamment débarquer ces armes en un point connu de l’extrémité du Cap Bon. Ces armes seront alors prises en charge par des camions du Néo-Destour qui les achemineront vers 1 frontière algérienne en utilisant au besoin comme relais les sièges des Fédérations parti.

Selon les toutes dernières indications, plusieurs bateaux seraient attendus venant non seulement des côtes italiennes mais encore de TRIPOLI. Deux émissaires algériens charges de vérifier l’état des cargaisons sont arrivés à TUNIS dans la nuit du 2 au pff dispositif de sécurité particulièrement important vient d’être mis en place dans Bon par les soins des responsables locaux.

Celui des deux représentants algériens non mêlé à cette première affaire a quitté TUNIS le 2 mai à destination de l’AURES qu’il compte rejoindre par GAFSA. Il doit rentrer très prochainement à TUNIS après avoir accompli en Algérie une mission non précisée, mais évidemment très inquiétante.

Les représentants algériens ont fait part à leurs interlocuteurs Tunisiens des sérieuses difficultés qu’ils éprouvaient dans le Constantinois pour se ravitailler en vivres et en armes, du fait de la surveillance côtière efficace du littoral algérien et de celle de la frontière libyenne. De telles confidences n’ont pu qu’impressionner très fortement les Tunisiens.

En définitive, il n’est pas douteux que le bureau Politique et certains membres du Gouvernement Tunisie couverts par M. BOURGUIBA lui-même, qui a d’ailleurs reçu à plusieurs reprises les deux émissaires algériens, s’apprêtent à apporter à la rébellion algérienne une aide efficace.

Outre la filière organisée dans le Nord, et qui nous est déjà connue, le Bureau Politique s’efforcera selon toute vraisemblance de confisquer à son profit les filières déjà créées dans le Sud grâce à -la collusion de Salah BEN YOUSSEF et des représentants algériens à TRIPOLI.

L’intérêt sut porté par M. BOURGUIBA au Sud Tunisien oblige à penser que le Président du Conseil désire s’ouvrir dans cette région un champ libre en vue d’y aider les Algériens dans Aies meilleures conditions possibles.

Ces différentes affaires de trafics d’armes sont actuellement suivies par nos services de recherche sans difficultés majeures; l’exploitation des renseignements obtenus sera entourée bien entendu de précautions exceptionnelles.

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Les projets du Gouvernement Tunisien pour le Sud Tunisien peuvent être établis avec certitude et sont non moins inquiétants.

l/ De source sûre, le Gouvernement met sur pied ^n projet de contrôle de la frontière tripolitaine.

Il prétend que la surveillance des troupes françaises n’a pas donné de résultats et qu’ils convient de mettre en place un dispositif tunisien doublant le dispositif français»

2/ A la suite de la mission dans le Sud du Directeur de Cabinet de BOURGUIBA et des déclarations qu’il a
faites au Général de GUILLEBON, le plan d’action du Gouvernement Tunisien se présente comme suit :

a) Organisation d’une soumission spectaculaire des tribus du Sud pour démontrer l’inutilité de la présence
de l’armée française. L’évacuation de BENI KHEDDACHE a été demandée à été demandée à cet effet et a été
refusée.

b) Prise au compte du Gouvernement Tunisien, après la reddition, de la mission de surveillance de la
frontière avec ses propres forces.

Il convient à cet effet de rappeler que le soulèvement des tribus du Sud, vers la mi-mars, n’a pu être contenu que par l’action immédiate d’un groupe mobile lancé dans les MATMATAS qui a réussi, fin mars, à porter des coups très durs aux rebelles.

En outre, des interceptions payantes de caravanes d’armes ont pu  être effectuées au début d’avril. Au cours de ces opérations l’aide des autorités, (tunisiennes a été des plus médiocres et les troupes ont pratiquement opéré seules.

Un des buts essentiels de ce soulèvement était d’établir un couloir contrôlé par les rebelles, des NEMENTCHAS à la TRIPOLITAINE, et d’y acheminer massivement de l’armement.

Le Gouvernement Tunisien veut nous éliminer de cette région pou la contrôler entièrement. On peut penser que le départ de nos troupes est un
des arguments qu’il emploie auprès des rebelles (l) pour obtenir leur soumission.

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(l) Au 6 Mai les Rebelles du Sud se répartissent comme suit du Sud au Nord :

– En TRIPOLITAINE dans la région de NALOUD, face à DEHIBAT: 500 à 600 rebelles en partie armés, très réticents mais que les autorités tunisiennes espèrent amener à suivre un mouvement de soumission quise déclencherait.

– Région S.O. de TATAHOUIE : 100 à 150 rebelles également assez réticents. A hauteur de MEDENINE dans les HOUIA : 150 à 200 rebelles avec lesquels les préparatifs de soumission sont déjà avancés.

– Région d’EL HAMMA de GABES : des éléments disparates au nombre d’une centaine avec lesquels les contacts sont difficiles.

 

Cependant la soumission éventuelle des groupes autour de MEDENINE est susceptible d’entrainer le reste.

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