Chaker Lajili : Bourguiba au Sénégal

Bourguiba au Sénégal

 

Chaker Lajili

 

…Aussi, dès son accession à l’indépendance, la Tunisie ouvrit sa première ambassade africaine à Dakar, en 1961. Ceci étant, nous pouvons résumer les points de convergences entre les deux pays et les deux hommes comme suit : Senghor et Bourguiba eurent l’occasion de se rencontrer une première fois en 1948 à Puteaux, où les participèrent à la formation du « Congrès des peuples contre l’Impérialisme », dont son secrétaire général, J. ROUS, allait devenir leur ami, parfois leur intermédiaire.

 

 

…La première visite de Habib Bourguiba à Dakar, fut, nous l’avons vu, en 1965, visite au cours de laquelle il s’exprima non seulement sur la francophonie, mais également sur l’Islam. Il rappela en effet à cette occasion le rôle joué par la Tunisie dans la propagation de la religion musulmane au sud du Sahara, à travers notamment le rayonnement de fa ville de Kairouan et de la prestigieuse université de l’Olivier. Il invita à cet effet les jeunes Sénégalais à venir poursuivre leurs études islamiques en Tunisie dans une «atmosphère de pensée moderne et réformée». Il devait ensuite, après avoir visité la mosquée de Dakar, s’adresser aux femmes sénégalaises auxquelles il expliqua son action en faveur de l’émancipation de la femme tunisienne. Modernisant les institutions de son pays, le président tunisien avait, rappelons-le, aboli la polygamie et donné le droit de vote et d’éligibilité aux femmes. Il avait en outre procédé à la suppression des tribunaux charaïques et à la nationalisation des biens de mainmorte, principaux supports du «maraboutisme ». Cet engagement de Bourguiba dans une nouvelle interprétation de l’Islam plus conforme aux exigences du monde moderne, était cependant incompatible avec la pratique de l’Islam au Sénégal. Structuré autour des marabouts et des confréries religieuses, celui-ci restait en effet attaché à l’orthodoxie, notamment en ce qui concerne la polygamie et le jeûne du ramadan. Aussi, il n’était pas surprenant que les conceptions « modernes et réformées » du dirigeant tunisien fissent l’objet de sévères critiques de la part de certains dignitaires religieux et de quelques personnalités politiques sénégalaises. Ce fut particulièrement le cas du marabout Ibrahima Niasse qui condamna publiquement le régime bourguibien en déclarant que Bourguiba « ne devait plus être considéré comme un musulman ».

 

 

Le Sénégal rompit ses relations diplomatiques avec l’Etat hébreu en novembre 1973. Quelques jours après, le président sénégalais recevait une lettre d’un membre du Comité central de l’Association des Ecrivains hébraïques en Israël, Azriel Oudhamany. Celui-ci exprimait son émotion et son regret devant la décision du gouvernement sénégalais. « C’est avec un grand regret », écrivait Oudhamany, « que les écrivains israéliens ont appris que votre Honneur avait ordonné, lui aussi, à son gouvernement de rompre les relations diplomatiques avec notre Etat.

 

 

Le Président Senghor le comprit, lui qui fut parmi les premiers chefs d’Etats, en Afrique subsaharienne, à autoriser l’O.L.P. dès février 1973, à ouvrir un bureau d’information dans la capitale sénégalaise. Il prit en outre acte de l’échec des accords de Camp David, et s’efforça, à l’instar du Président tunisien, Bourguiba, de soutenir la cause palestinienne, loin des influences parfois néfastes aux intérêts même des Palestiniens.

 

Dès lors, le Sénégal ne cessera d’exprimer, dans toutes les instances internationales, sa position à l’égard de la question palestinienne, qui est d’abord « l’exercice par le peuple palestinien de ses droits inaliénables à l’autodétermination et à l’édification d’un Etat indépendant et dans sa propre partie sous l’égide de l’O.L.P. son unique et représentant»

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