Interview Tahar Belkhodja

Tahar Belkhodja

 

Entretien**

 

Nous souhaiterions commencer cet entretien par votre premier engagement public, à savoir votre militantisme au sein de l’Union générale des étudiants tunisiens (UGET). Pourriez-vous nous en parler ?

 

C’était en 1955. J’étais à l’École coloniale d’agriculture, où 95 % des élèves étaient de nationalité française. Avant l’autonomie interne, la France et la Tunisie ont négocié le statut des différentes institutions culturelles. J’ai milité pour que l’École passe sous statut tunisien. C’est dans ces circonstances précises que j’ai eu mon premier contact avec l’UGET. En 1957, j’ai été élu au secrétariat général.

L’UGET avait été créée à Paris en 1952. La grande majorité de ses membres faisaient leurs études universitaires dans la capitale française. Il y avait, à l’époque, un petit nombre à l’Institut des hautes études de Tunis. Les élèves de l’enseignement secondaire constituaient la masse des adhérents. L’UGET voulait être la conscience du peuple tunisien et incarnait en quelque sorte la seule contestation à l’égard de la tendance droitière de Bourguiba et de sa politique à l’aube de l’indépendance.

De son côté, la Voix de l’étudiant (VE) représentait les élèves de la Zitouna. Elle avait été initiée par Fadhel Ben Achour qui cherchait à sauvegarder l’institution zitounienne. Bourguiba était bien obligé de tenir compte de l’existence de ce groupe de pression zitounien. J’ai été chargé de négocier l’union avec les responsables de la Voix de l’Étudiant. Après six ou sept mois de pourparlers, nous sommes parvenus à un compromis qui a abouti à la création de l’UGET-VE. Malgré nos différences de sensibilités politiques et idéologiques, un consensus existait au sein de 1a «nouvelle UGET» quant à la nécessité de préserver l’indépendance di syndicat et ses orientations progressistes.

 

Mais la crise yousséfiste n’a-t-elle pas produit des répercussions au sein de l’UGET à l’instar de ce qui s’est passé dans le parti ?

Au sein de l’UGET, par sentimentalisme ou régionalisme, certain; étaient yousséfistes. Le panarabisme et toutes les valeurs qui y étaient associés faisaient que les étudiants zitouniens se sentaient plus proches des Ben Youssef que de Bourguiba. Le véritable conflit se développait au sein de l’appareil du Néo-Destour qui était tenu, à l’époque, par Ben Youssef, La crise nous avait agités et « bousculés » mais, de par notre formation intellectuelle, notre rationalité, notre vie en France, nous ne partagions pas les conceptions de Ben Youssef. Les étudiants qui accomplissaient leur cursus en Orient ne représentaient qu’une minorité.

En revanche, la crise entre Bourguiba et l’UGTT a été davantage ressentie dans le milieu étudiant.

 

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur cette crise ?

En 1956, durant la crise qui a opposé Bourguiba à Ahmed Ben Salah, secrétaire général de l’UGTT, nous nous sommes prononcés contre la scission syndicale. Nous avons clairement soutenu Ben Salah contre la volonté du Néo-Destour de faire de l’UGTT un satellite du parti. À l’époque, le siège de l’UGET était situé à Bab Souika, dans l’ancien cabinet d’avocats de Bourguiba qui nous avait été octroyé par le parti. Sans préavis, nous avons été priés de déménager. Nous avons alors été hébergés par l’Union générale des agriculteurs tunisiens (UGAT) qui était dominée par les yousséfistes. Lors de la répression anti-yousséfiste, nous avons été contraints de déménager une nouvelle fois. C’est un Juif tunisien, Simon Zana, directeur du Petit Matin, qui nous a prêté gracieusement des locaux, situés rue Saint-Charles, l’actuelle rue Bach-Hamba.

Toutefois, Bourguiba ne pouvait pas laisser évoluer une organisation telle que la nôtre en dehors du «système». Prétextant l’inauguration de nos nouveaux locaux, il nous a rendu inopinément visite, le 8 juillet 1957, et scellé ainsi la réconciliation.

 

C’est à ce moment-là que Bourguiba vous a remarqué. Votre élection à la tête de l’UGET ne doit-elle pas précisément à une intervention personnelle du raïs ? N’étiez-vous pas au sein de l’UGET « l’homme de Bour­guiba » ?

Il est vrai que le secrétaire général qui m’a précédé, Hafedh Tarmiz, était attaché à la personne de Ben Salah. Mon élection au secrétariat général répondait à une volonté de préserver l’UGET du conflit. L’UGET soutenait l’UGTT mais pas forcément Ben Salah. Je n’étais pas «le candidat du parti» qui avait d’ailleurs son propre candidat: Mohamed Amamou. Je fus élu pour sauvegarder l’indépendance de notre organisation estudiantine vis-à-vis du parti, tout en soutenant Bourguiba.

L’UGET a représenté une école politique extraordinaire. Plus de 90 % de ses responsables ont fait une carrière politique et gouvernementale. Nous étions formés à la dialectique et au discours. Nous savions nous imposer et nous étions bien estimés.

 

Venons-en maintenant au deuxième temps de cet entretien : la « crise de Bizerte». A l’époque, vous étiez chargé d’affaires à l’ambassade de Tunisie à Paris. Il semblerait qu’il y ait eu des différences d’appréciation, voire même des divergences, au sein de la partie tunisienne quant à la manière de gérer la crise.

C’est une affaire qui a fait boule de neige. Nous avons tous été impliqués sans que nous ayons prévu l’affrontement final. En revanche, je m’inscris en faux contre la thèse de la manigance et de la manipulation. Pour moi, Bizerte est d’abord un problème entre Bourguiba et de Gaulle. Nous n’avons pas été associés aux décisions et aux délibérations. Autant Bourguiba que de Gaulle ont géré cette affaire de manière « très personnelle ».

Nous étions du côté de Bourguiba. Il était difficile de nous dédire une fois la crise passée. Aujourd’hui, l’on peut toujours épiloguer sur les erreurs de part et d’autre mais, faut-il rappeler, la crise de Bizerte était étroitement liée au contexte algérien.

 

Mais, le 6 septembre 1961, il s’est produit une volte-face dans l’attitude de Bourguiba. Un tel retournement n’a-t-il pas suscité des grincements de dents dans les milieux dirigeants tunisiens ?

Il fallait de part et d’autre trouver une issue politique à la crise. Dans sa conférence de presse, le 6 septembre, de Gaulle a déclaré que « la France ne resterait pas éternellement à Bizerte ». La presse tunisienne, qui était très majoritairement anti-dé Gaulle, resta critique. Bourguiba réagit autrement dès le lendemain et saisit l’occasion pour renouer le dialogue. Il sut exploiter habilement une « petite phrase » de De Gaulle pour reprendre les discussions, en occultant toutes les autres critiques du président français. En Tunisie, la réaction la plus vive a été celle des «francophones»: Mohamed Masmoudi, Béchir Ben Yahmed… Ils avaient critiqué avec virulence la nouvelle position de Bourguiba dans ce fameux article d’Afrique Action, paru le 7 octobre 1961 et intitulé «Le pouvoir personnel»1. Pourquoi cet article paraissait-il le jour où précisément Bourguiba décidait de tendre la main à de Gaulle ? Il faut restituer le contexte pour connaître tous les tenants et aboutissants.

 

La bataille de Bizerte a-t-elle suscité une mobilisation populaire ?

Dans nos pays, les mobilisations populaires revêtent toujours un caractère organisé. C’est le parti qui faisait monter et descendre la pres­sion. Les événements n’étaient pas spontanés : ils étaient bien préparés par le Néo-Destour. C’est principalement la Jeunesse destourienne qui a été mobilisée pour la bataille de Bizerte, ce qui explique d’ailleurs que la grande majorité des victimes étaient des civils.

Bourguiba a-t-il été suivi dans sa tentative de faire de Bizerte un symbole national, un lieu de mémoire ?

Bizerte fait partie du patrimoine historique. Il est tout a fait normal que Bourguiba ait cherché à exploiter la situation et valoriser les morts. 11 est tout à fait logique que l’on érige un monument et que l’on fasse du 15 octobre, date de l’évacuation, une fête nationale. Je tiens quand même à rappeler que nous avions proposé à la France d’accepter le principe de l’évacuation et que les modalités pratiques soient négociées. Mais de Gaulle l’a toujours rejeté en prétextant qu’il n’acceptait pas de négocier sous la pression, alimentée par les mobilisations populaires. On connaissait sa position : Bizerte restait d’actualité tant que la France n’aurait pas complété sa défense atomique. Il est vrai que la question algérienne avait surdéterminé l’affaire de Bizerte. Bourguiba n’avait pas prémédité la crise. C’est l’enchaînement d’événements malheureux, liés à la crise algérienne, qui a débouché sur l’affrontement. 11 est faux de soutenir que Bourguiba était dans un état de faiblesse tel qu’il était contraint de créer l’événement pour redorer son blason à l’égard du Monde arabe, en général, et de l’Egypte de Nasser, en particulier.

 

Nous arrivons au troisième « moment fort » de votre vie publique et politique : votre nomination par Bourguiba, en septembre 1966, comme directeur de cabinet de Ben Salah. Celle-ci ne répondait-elle pas à la volonté du raïs de mieux contrôler, voire de neutraliser, son secrétaire d’État au Plan et à l’Économie ?

Non, ce n’était pas pour le contrôler ou encore moins le neutraliser. Cette nomination répondait davantage à la volonté de Bourguiba de l’aider. C’est une constante chez lui. Quand il nomme un responsable à des fonctions gouvernementales et lui assigne des objectifs, il cherche par tous les moyens à le soutenir dans son action, même parfois, malgré lui.

En novembre-décembre 1965, Bourguiba était en tournée officielle en Afrique de l’Ouest, où j’étais ambassadeur. Le président eut des entretiens très poussés avec Houphouët et Senghor au sujet de leurs expériences respectives de développement économique. Senghor expliqua à Bour­guiba comment l’expérience socialiste de son Premier ministre, Mamadou Dia, avait totalement échoué et cachait des ambitions pour le pouvoir suprême. Bourguiba, même s’il ne l’a jamais avoué, avait été particulièrement touché par ce témoignage. Il fut bousculé et commença à avoir des doutes. Il savait que Ben Salah avait des ennemis en Tunisie au sein même du Bureau politique. Mais il le soutenait, assumait sa politique et pensait finalement que toutes ces critiques émanaient de rivaux jaloux, y compris celles provenant de sa femme, Wassila Ben Ammar. Quand il est rentré en décembre 1965, il a commencé à accorder du crédit à ces diverses oppositions. Il m’a demandé alors de regagner Tunis. Il cherchait à me mettre à l’épreuve. Il m’a nommé auprès de Ben Salah pour l’aider à se réconcilier avec son environnement politique et voulait avoir en même temps une vision claire de la situation. Des rumeurs étaient notoires sur la faillite des entreprises publiques. Bourguiba cherchait donc quelqu’un qui lui dise «la vérité» sur l’état du pays. Ma nomination auprès de Ben Salah répondait moins à un désir de contrôler le secrétaire d’État qu’à une forme de vigilance politique.

 

Quel était votre regard personnel sur cette expérience socialiste ?

Dès le départ, je savais que notre « socialisme» était une expérience désastreuse. Ma présence au Sénégal m’avait permis de prendre cons­cience des effets pervers d’une telle idéologie adoptée dans un environne­ment local inapproprié et même hostile. En effet, le gouvernement séné­galais avait appliqué la même option, inspirée par les mêmes thèses de Gérard de Bernis et François Perroux. Ces économistes avaient de bonnes idées mais malheureusement nos pays n’étaient pas prêts pour accompagner un plan aussi radical, surtout quand il cachait des visées politiques.

En effet, j’avais assisté au Congrès de Bizerte en 1964. Le Néo-Destour adopta à cette occasion une structure partisane de type «totalitaire». Ahmed Ben Salah pensa impliquer l’UGTT et l’ensemble des organisations nationales et les rendre satellites du parti. Tout devait converger pour soutenir sans contestation la politique socialiste. Toutes les structures de l’État et du parti devenaient des organes dociles au service de Ben Salah et de ses exigences.

 

Mais comment avez-vous pu travailler aux côtés de Ben Salah, sachant que vous aviez des vues totalement opposées ?

Depuis 1956, Ben Salah savait très bien que je n’étais pas l’un de ses adeptes. J’étais contre la scission de l’UGTT mais je n’avais pas d’engouement pour sa personne. J’avais accepté ma mission auprès de lui, dans la mesure où elle pouvait contribuer à ce que ça change assez vite. J’étais devenu paradoxalement à la fois son premier collaborateur et son «censeur». Chaque jour, à six heures du matin, nous arrivions ensemble au bureau et nous parlions de la situation politique et économique. Mais le processus était déjà très engagé et il était difficile de changer le cours des événements. Je conviens toutefois que Ben Salah a eu le mérite d’entreprendre la refonte de notre appareil économique et social. Malheureusement, il n’a pu le mener à bonne fin. Si la faute est collective, sa responsabilité personnelle est prépondérante.

 

Aviez-vous une stratégie pour essayer de limiter à la fois l’omnipotence du parti et les dérives de la politique socialiste ?

Non, car j’étais simplement directeur de cabinet. J’étais conscient des dangers. Je savais que, depuis 1964, le pays était à la merci de Ben Salah. L’erreur de Bourguiba était d’avoir presque tout concentré dans les mains d’une seule personne et cela sans contrôle d’aucune instance de la République, du gouvernement ou d’un quelconque autre organisme public. La société civile était absente. Je n’avais pas grande influence pour inverser ce processus. Le parti n’avait plus aucun pouvoir ; ce n’était ni le Bureau politique, ni le Comité central qui décidaient de la mise en œuvre de la politique. C’était une forme de fuite en avant. Je pense que le véritable tournant est intervenu en 1964, au Congrès de Bizerte, où tout a été verrouillé. II faut dire que le secrétaire d’État à l’Économie avait promis au rais un triplement du PNB sur une période de dix ans. Au début, la Banque mondiale et les Etats-Unis soutenaient l’expérience socialiste et souhaitaient même en faire un «modèle» pour l’ensemble du tiers-monde. C’est avec le constat désastreux d’une inspection de la Banque mondiale en Tunisie, en 1966, que les Américains et les bailleurs de fonds internationaux décidèrent de retirer leur soutien à l’expérience bensalahiste.

 

Les cadres du PSD étaient-ils convaincus par cette option « socialiste » ? Où s’agissait-il d’une soumission par peur des représailles ?

À l’époque et surtout à ses débuts, tout le monde soutenait la politique socialiste. En fait, il existait une minorité d’adeptes chevronnés, le reste des cadres se soumettait progressivement. Il n’y avait pas suffisamment de résistances au sein du parti ou du gouvernement pour inciter Bourguiba à changer de politique. Ben Salah a réussi à maîtriser toutes les formes d’opposition. Les émeutes populaires et sanglantes qui ont éclaté à M’saken et dans d’autres localités du pays ne l’ont pas fait changer de comportement politique et l’ont même incité à brûler les étapes.

 

Mais Ben Salah ne jouait-il pas une partie de la population (les classes moyennes urbaines) contre une autre (les ruraux) ?

Ben Salah ne cherchait pas à capter de soutiens. Il recourait à la coercition et à la discipline. Son mot d’ordre était: «Maintenant vous allez souffrir, vous verrez après ! » Les gens ont effectivement souffert et ils n’ont rien vu venir.

Peut-on considérer que c’est la bureaucratie d’État qui a été la princi­pale bénéficiaire de cette expérience socialiste ?

Oui, c’était logique dans un système de parti unique. On nommait n’importe qui, n’importe où et on faisait n’importe quoi… La période Ben Salah a correspondu à l’ère de l’arrivisme et de l’opportunisme. C’était aussi l’«ère des musclés du parti » qui avaient été utilisés contre toutes les formes de protestation.

 

Votre réflexion sur la dérive sécuritaire du bensalaisme nous conduit à aborder un nouvel aspect de cette époque: l’institutionnalisation de la répression. En 1967, vous avez été nommé directeur général de la Sûreté nationale. Vous avez donc eu une connaissance assez fine des rouages sécuritaires. Dès votre prise de fonction, il s’est produit un événement qui marque encore aujourd’hui la mémoire du mouvement étudiant en Tunisie : « l’affaire Ben Jennet ».

La répression contre les étudiants avait commencé bien avant 1967. Déjà en 1963 et en 1966, il y a eu des manifestations et des arrestations, suite aux affrontements entre les contestataires. Le système était tel que le parti était omnipotent et omniprésent. Il avait ses hommes et sa propre milice. En 1975-1976, le Bureau politique avait même décidé de créer des vigiles dans l’enceinte même de l’Université. En tant que ministre de l’Intérieur, j’y étais opposé. L’on avait même demandé à mon ministère de former les nouveaux vigiles. J’avais refusé. L’expérience avait finale­ment échoué. La politique répressive était conduite essentiellement par les membres exaltés du PSD, répartis dans les différents secteurs sociaux. Il existait une totale confusion entre les compétences du parti et celles de l’État. Cependant, en tant que ministre de l’Intérieur avec l’approbation de Bourguiba et malgré l’appréhension de certains collègues et même l’hostilité de la direction du parti, j’ai permis la création de la Ligue tuni­sienne des droits de l’homme en mai 1977, la première en Afrique et dans le Monde arabe et contribué à autoriser le premier journal d’opposition Er Raï (L’Opinion), le porte-parole de la mouvance libérale conduite par Ahmed Mestiri.

 

En fait, dès la mise en place du régime bourguibien, le parti a revêtu une dimension répressive très marquée ? La crise youssêfiste a constitué en quelque sorte la première étape ?

Je peux affirmer que durant toute la période bourguibienne, l’on n’a jamais dénombré un seul mort sous la torture. C’est vrai, il se produisait parfois des exactions. Nous avions hérité de la période coloniale des hommes et des méthodes que nous avons peut-être amplifiés. Cependant nous n’avons jamais pratiqué d’expéditions punitives, absolues et définitives. Bourguiba souhaitait les condamnations longues et rudes afin qu’il puisse faire jouer son droit de grâce et exploiter sa magnanimité. De son temps, il n’y pas eu d’assassinats politiques. L’exception se situait pendant la période yousséfiste, où les militants des deux côtés s’entre-tuaient.

 

En termes de répression, aviez-vous des écoles de référence ?

Nous avions des relations avec de nombreux services de sécurité dans le monde entier. Les informations circulaient. À l’époque, il n’y avait pas véritablement d’école de référence. La plupart des responsables qui avaient géré le système de sécurité étaient des anciens de l’UGET : ils ne pouvaient donc pas aller très loin dans la répression. Quoi que l’on dise, leur formation politique et idéologique leur interdisait la dérive répressive !

 

Mais qui décidait des actions répressives ? Quel était le circuit de commandement ?

Je vais vous donner un exemple précis. En 1967, au moment où j’ai été nommé directeur de la Sûreté, certains élèves du collège Alaoui ont manifesté dans la cour de l’école. Ils étaient environ un millier. Comme le collège était situé juste à côté d’une caserne de la Garde nationale, les élèves déterraient des pavés et les jetaient juste de l’autre côté du mur. J’avais préféré accompagner les événements et les laisser évoluer avant de prendre une décision. Mais le parti n’était pas de cet avis et avait réagi vivement par la voix de Bahi Ladgham : « Où est l’État ? Où est la police ? »

Ce fut l’une des rares fois où Bourguiba m’a directement pris à partie : «On ne peut pas permettre cela. Il faut faire respecter la loi ! » Je lui avais fait valoir que si la police intervenait dans l’enceinte de rétablissement, ce serait probablement le carnage. J’avais demandé pathétiquement que l’on m’accorde quelques heures pour régler l’incident. En effet, à 13 heures environ, au moment de l’heure du repas, les portes du collège Alaoui se sont ouvertes et les élèves se sont dispersés dans le calme. Le conflit était terminé. Je vous ai donné cet exemple pour souligner l’importance de la gestion personnelle dans le règlement des crises. On m’a souvent reproché d’avoir créé la Brigade de l’ordre public (BOP). On me surnommait d’ailleurs «Tahar BOP». Mais précisément, une telle création permettait d’éviter ce genre de situation explosive qui pouvait dégénérer facilement. Nous n’avions pas de police anti-émeute, comme dans les pays modernes. J’ai donc appelé deux instructeurs américains qui ont formé en quatre mois la BOP, un peu sur le modèle des CRS français. La BOP, qui a pourtant été beaucoup décriée, n’a jamais tué personne. Bien qu’armés et aguerris, ses agents n’ont jamais tiré. Le 10 octobre 1977, au moment des émeutes populaires de Ksar Hellal, je conduisais les opérations de sécurité à partir de mon QG de Tunis. J’ai interdit à quiconque, aussi bien de l’armée que de la police, de tirer sur la foule. Dans ces cas-là, la première qualité c’est la patience et le sang-froid. Si vous réagissez à chaud, vous favorisez l’escalade.

En décembre 1977-janvier 1978, quand des événements dramatiques se sont déroulés à Tunis, je n’étais déjà plus au ministère de l’Intérieur, que j’avais heureusement quitté un mois auparavant.

 

Mais les années 1970 ont connu plusieurs phases dans ta répression, notamment après la période dite des « Cent fleurs » de la consultation populaire. Comment expliquez-vous que cela n’ait pas débouché sur une ouverture du système ?

Oui, là je crois que nous avons raté le coche au cours de cette période dénommée officiellement « pause d’observation ». Après Ben Salah, il s’est produit une sorte de « sursaut démocratique. Nous avons posé aux militants et aux citoyens différentes interpellations sur les prérogatives du président de la République, les pouvoirs de l’Assemblée nationale, les réformes institutionnelles à mettre en œuvre, etc. Les gens ont répondu massivement. C’était l’effervescence généralisée dans le pays. Nous fûmes dépassés par les événements. Certains dirigeants ont été pris de panique. Bourguiba a été obligé d’arrêter le processus en cours, faute de solutions pratiques que nous aurions pu concevoir et proposer. C’était une occasion ratée, à la suite des maladresses des premiers collaborateurs de Bourguiba.

 

Lorsque vous exerciez, des responsabilités au ministère de l’Intérieur, il s’est déroulé des procès d’opposants, concernant notamment les perspectivistes et les partisans de Ben Salah ?

Les perspectivistes était un groupe qui comprenait des gens de tous bords, aussi bien des trotskistes, des baathistes, des nationalistes arabes… Ils publiaient une revue et appelaient à changer le régime en accusant Ben Salah d’être l’auteur d’une «réforme bourgeoise». Nous avons réagi quand ils descendaient quotidiennement dans la rue. Ils cherchaient à phagocyter l’UGTT et l’UGET. J’étais partisan de les contenir. Mais comme pour le collège Alaoui, que j’ai évoqué précédemment, les « faucons du parti » exerçaient des pressions : « II faut réprimer!»

Je suis donc allé voir Bourguiba. Il fallait « ramasser » tout ce monde et les déférer devant la Justice. Nous avons ainsi évité les exactions des milices du parti.

 

Et votre attitude à l’égard du Mouvement de l’unité populaire (MUP) de Ben Salah ?

Des militants du MUP, en 1975, se sont réunis à Madrid et ont rédigé un pamphlet contre le Premier ministre, Hédi Nouira, en le traitant de «bourgeois libéral». Ces «Mupistes» sont revenus en Tunisie et ont commencé à diffuser des tracts acerbes à l’égard du régime. Il s’est produit le même scénario que pour les autres affaires : les faucons du PSD ont réagi en exigeant de réprimer ses partisans. Pour moi, la meilleure des solutions était de les arrêter légalement afin d’éviter l’affrontement dans l’illégalité.

 

Vous les arrêtiez pour les protéger en quelque sorte ?

C’était une sorte de protection. Ils furent condamnés mais affranchis après quelque temps, bien avant la fin de leur peine. Je n’avais pas vraiment le choix. II fallait crever l’abcès. C’était la gestion la plus convenable.

 

En fonction de ce que vous dites, nous avons l’impression d’un polycentrisme du pouvoir. Il existe une unité apparente qui est la personne de Bourguiba et une multiplicité de centres de pouvoir. Chaque responsable en charge d’un secteur était constamment sous la pression des autres centres de pouvoir et se devait d’essayer de gérer au mieux la situation. Etes-vous d’accord avec cette analyse ?

Je m’explique. Il y avait un seul pouvoir: c’était Bourguiba. Ce que vous décrivez, c’est plutôt la résultante de comportements individuels de ceux qui se considéraient comme les « vigilants » et les « sauveteurs » du régime. Certains voulaient faire du parti, de ses structures et de sa milice, le centre du pouvoir dans le pays. Le Néo-Destour était pour eux le seul détenteur du pouvoir. Mais cette attitude était contraire à l’esprit du président de la République, pour qui le parti n’était que l’instrument de l’État. Le parti était là pour rassembler et aider à l’application de la politique de l’État. Bourguiba incarnait l’État et le parti, les gouverneurs dans les régions étaient « ses représentants », les responsables du parti étaient impliqués automatiquement dans l’action et les tâches étatiques.

 

Dans ce cas, il convient non pas de parler de polycentrisme mais de «jeu de proximité » qui fait que chaque responsable était sous la menace permanente des propos tenus par tel ou tel autre dignitaire du régime, dans le style: «Monsieur le Président, X ne fait pas ce qu’il doit faire dans certaines situations, etc. »

En effet, de tels attitudes et comportements ont existé sous Bourguiba. C’est normal, mais il fallait savoir se défendre. Personnellement, j’ai été mis en cause à de très nombreuses reprises par le parti. Nous étions à sa merci et la situation pouvait se compliquer à tout moment. Il fallait choisir le moindre mal.

 

On pourrait parler de « système de Palais » ?

Non, c’étaient le parti et la pensée uniques, empruntés au système communiste, qui est essentiellement non démocratique. J’en ai souvent discouru pour soutenir que les structures de l’État étaient malades. Si nous avions voulu réglementer et changer la démarche du gouvernement et faire fonctionner autrement les structures, Bourguiba nous aurait certainement encouragés. La preuve, en 1981, quand on lui avait proposé le pluralisme, il avait tout de suite approuvé. L’essentiel pour lui, c’était que les structures de l’État ne soient pas en cause. Malheureusement, les gens au pouvoir, y compris moi-même, ont voulu huiler le système, mais sans changer un tant soit peu. En fin de compte, nous en avons usé et abusé.

 

Pendant les années 1970, le mouvement islamiste a commencé à émerger en Tunisie. À partir de quel moment précis, le régime a-t-il pris conscience de ce phénomène en tant que « menace » pour sa stabilité ?

Il est nécessaire de faire un petit retour en arrière. Au moment de Tin-dépendance, Bourguiba, qui était moderniste, a décidé de fermer l’Université de la Zitouna et d’unifier l’enseignement. C’était une bonne chose, car la Zitouna représentait un enseignement archaïque qui ne fournissait au pays que des religieux, des chômeurs, des gens marginaux. Une faculté de théologie a été créée. À cette époque, certains pensaient, au sein du régime, que la meilleure façon de contrer la gauche étudiante et les gauchistes était de favoriser ces radicaux de droite et ces «pseudo-islamistes» pour mieux contrer les « gauchistes ».

 

Vous avez donc aidé les islamistes ou, du moins, les futurs islamistes ?

Oui. La décision a été prise au niveau du Bureau politique du PSD. Nous estimions que nous pouvions les utiliser. Nous avions, par exemple, créé l’Association pour la sauvegarde du Coran. Nous avions également « réparti » les diplômés de la faculté de théologie dans les collèges et les lycées. Maïs cette ambiance islamiste n’était pas particulière à la Tunisie. Il s’est produit un phénomène de convergence : d’aucuns ont pensé que l’islam pouvait être un élément de pouvoir. Au début, il faut avouer que nous n’avions pas du tout conscience de la gravité du phénomène. Nous cherchions à résoudre les problèmes immédiats. Nous ne pensions pas que l’ascension du mouvement prendrait une telle ampleur.

 

A partir de quel moment avez-vous commencé à ficher les activistes et à considérer les islamistes comme « dangereux » pour le régime ?

Nous n’avons pas tout de suite perçu le «danger». Bourguiba et le système étaient encore forts. Cela ne constituait pas véritablement un problème politique pour le régime. À cette époque, c’était l’extrême gauche qui infiltrait l’UGTT, pas les islamistes.

 

Alors à quelle date situeriez-vous l’émergence de l’islamisme comme question sécuritaire ?

Quand je suis revenu au gouvernement, en 1980, en tant que ministre de l’Information, Ton commençait à en parler sérieusement. Certains d’entre nous ont d’ailleurs joué sur ce phénomène. Le Premier ministre se prononçait clairement pour l’arabisation. Nous avons peut-être un peu participé à l’éclosion du phénomène. Certaines personnalités du régime pratiquaient un jeu très subtil en la matière.

En fait, les leaders islamistes tiraient partie de la dégradation de la situation économique pour recruter des angoissés et des chômeurs. C’était un problème commun à l’ensemble des pays musulmans, confrontés à une profonde crise économique et sociale. C’est toujours vrai aujour­d’hui. Ces marginaux rejoignaient les islamistes et étaient prêts à adhérer à n’importe quel extrémisme.

Au départ, nous étions très forts, le pays était solide. Bourguiba était présent. Nous suivions de très près ces islamistes qui n’avaient pas encore beaucoup d’audience dans le pays. Mais leur action souterraine et subtile leur a permis de gagner des adeptes.

 

Lorsque les islamistes évoquent leur mémoire politique, ils font toujours référence à l’ « affaire Hind Chelbi», à la fameuse conférence de la Nuit du Destin de 1975. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur cette affaire?

Je m’en souviens, parce que j’étais présent. Mais l’on ne peut pas dire que ça a été le détonateur du mouvement islamiste. Une jeune fille était venue donner à la Kasbah avec grande éloquence, pendant le mois de Ramadan, à la salle du gouvernement, une conférence qui avait marqué les esprits. Elle affirmait une orientation panislamique modérée qui avait été jusqu’alors occultée en Tunisie. Nous estimions que le discours de Hind Chelbi [défense des valeurs arabo-musulmanes et critique du « laïcisme bourguibien relevait d’une initiative purement individuelle. Aucun mouvement n’était derrière elle. En réalité, son discours relevait d’une profession de foi personnelle. Nous nous interrogeâmes sur le personnage et vérifiâmes qu’il n’y avait pas de ramification derrière cette initiative.

 

 

Nous souhaiterions aborder avec vous la crise de décembre 1977-janvier 1978. Certes, vous n’étiez plus au ministère de l’Intérieur au moment des événements2. Mais vous étiez en quelque sorte un observateur privilégié par votre bonne connaissance des principaux protagonistes. Dans vos écrits3, vous différenciez trois clans au sein de l’appareil néo-destourien : les faucons, les modérés et les colombes. Pourriez-vous approfondir votre analyse ?

Il s’agissait d’une affaire entre deux hommes qui a mal tourné. Au départ, c’était probablement une bonne perspective: Hédi Nouira cherchait à mettre en œuvre son programme économique en s’appuyant non pas sur un syndicat docile mais sur une organisation compréhensive et responsable. Pour ce faire, il avait tout fait pour que Habib Achour – qu’il avait défendu, comme avocat, à Sfax pendant la période coloniale – soit à la tête de l’UGTT. Il estimait que tant que l’accord avec Achour tenait, tout se passerait bien. Leur entente reposait sur une sorte de division du travail : Nouira gérait les instances du parti et du gouvernement, et Achour les instances syndicales. Tout le monde semblait s’accommoder de cette situation avec la bénédiction de Bourguiba. Mais ce «plan de contrat social», ce Pacte social4, n’avait d’ailleurs jamais été discuté démocratiquement à l’intérieur du parti ou du syndicat. En mars 1977, lors du XIVe Congrès de l’UGTT, 600 syndicalistes ont signé une pétition pour contester ce pacte. Ces derniers protestaient contre le fait d’être bâillonnés par la direction syndicale. Bien qu’Achour ait été réélu à l’unanimité des délégués du congrès, il ne pouvait maîtriser les éléments protestataires. La crise devenait inévitable.

 

Dans votre témoignage, vous semblez insister sur la responsabilité du parti, ou plus précisément de certains clans néo-destouriens, dans la dégradation du dialogue social ?

Oui, car je pense que la crise de janvier 1978 est l’une des résultantes du système. Depuis le Congrès de Bizerte, en 1964, nous sommes entrés dans un système rigide de parti unique avec pour corollaire la satellisation de la société civile. La création des cellules professionnelles du parti dans les entreprises économiques, concurrençait directement celles de l’UGTT.

L’Etat contrôlait 80% de l’économie du pays. Le conflit concernait certes l’UGTT et le patronat mais l’affrontement réel était entre le syndicat et l’État.

 

Vous avez l’air d’esquiver les responsabilités personnelles à la fois dans le déclenchement et le déroulement de la crise. Pourtant, dans votre ouvrage, vous avez bien montré qu’au sein du parti, certains dignitaires poussaient à la fermeté et d’autres appelaient à la modération. Il semblerait que face à ces deux positions extrêmes, Nouira ait été plutôt hésitant.

La division au sein du gouvernement et du parti s’accentua suite à des divergences de fond dans la gestion de notre politique intérieure et de certaines «affaires» de l’extérieur. Il faut rappeler qu’avant 1977 il s’était produit deux événements régionaux : la tentative d’union tuniso-algérienne au Kef, en juin 1973, et l’union tuniso-libyenne, à Jerba, en janvier 1974. Dans les deux cas, c’étaient des tentatives unitaires qui avaient été bien préparées ailleurs, à la fois par des Tunisiens et des non-Tunisiens. En fait, ces projets s’inséraient directement dans la course au pouvoir et à la succession. Celui qui pensait réussir le projet unitaire pouvait s’imposer et s’emparer, à plus ou moins long terme, du pouvoir. Ce furent finalement des tentatives suicidaires au service d’ambitions personnelles. Nous eûmes alors de graves problèmes avec l’Algérie et la Libye qui ont perduré jusqu’en 1978. Le comble fut en septembre 1977, à Tripoli, avec cette réunion tripartite préméditée entre le secrétaire général de l’UGTT, Habib Achour, l’ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Masmoudi, et le leader libyen, Kadhafi. Le Premier ministre Nouira comprit qu’il s’agissait de la formation d’une coalition contre lui et que FUGTT et surtout Achour avaient rejoint le camp de ses ennemis. C’est dans ces circonstances précises que les problèmes se sont compliqués et ont abouti à la rupture d’un équilibre déjà assez fragile, car trop personnel.

 

En fonction de ce que vous décrivez, l’on a l’impression que tout se noue autour de Nouira et que de facto le rôle de Bourguiba est effacé ?

Non, son rôle n’était pas du tout effacé. Nous sommes dans une configuration comparable à celle de la période collectiviste. Avec Mzali, ça sera d’ailleurs la même chose, lors des « émeutes du pain », en janvier 1984. Bourguiba faisait trop confiance à ses Premiers ministres, qui ne se rendaient pas compte de la dégradation de la situation ou qui ne voulaient pas l’accepter. Nous avons, par exemple, occulté les véritables raisons des émeutes de Ksar Hellal d’octobre L977. Le parti faisait porter la responsabilité des émeutes sur des « éléments communistes ». On avait accusé la police de ne pas remplir sa mission et on avait applaudi l’intervention de l’armée pour mettre fin aux émeutes. Le président de la République refusa ma démission. Je lui affirmais que ces émeutes n’étaient pas un accident mais qu’elles en annonçaient d’autres. Mais on continuait à croire en la force de l’État et en l’efficacité du parti. On sait ce qu’il en est advenu.

 

Le ministère de l’Intérieur, que vous dirigiez, produisait-il des rapports sur la dégradation de la situation sociale ?

Nous produisions des rapports mais il est vrai que Bourguiba ne les lisait pas. Il privilégiait davantage les échanges directs et oraux, cela lui suffisait pour saisir les situations et décider rapidement en conséquence. Mais il ne pouvait accepter que «son» parti soit si faible. Le «tournant de 1964» (Congrès de Bizerte) avait largement contribué à le scléroser. Nous en subissons encore à ce jour les effets. Nous ne parvenons toujours pas à les transcender, afin de consolider la démarche moderniste qu’a entreprise Bourguiba et de la compléter par une politique saine et démocratique, si nécessaire et si impérieuse en ce début de XXIe siècle.

* Ancien directeur du Cabinet de Ben Salah (septembre 1966-juin 1967), directeur général de la Sûreté nationale (Juin 1967-1969), secrétaire d’État à l’Agriculture (juin-novembre 1970), ministre de la Jeunesse et des Sports (novembre 1970-novembre 1971), ministre de l’Intérieur (mars 1973-décembre 1977), ministre de l’Information (décembre 1980-juin 1983).

** Entretien réalisé par Michel Camau et Vincent Geisser en janvier 2002..Transcrip­tion revue et corrigée par T. Belkhodja.

1.Sur cet épisode, cf. dans le présent ouvrage l’entretien avec Mohamed Ben Smaïl.

2. T. Belkhodja a été révoqué du ministère de l’Intérieur, le 25 décembre 1977, soit un mois avant le «jeudi noir».

3.     Cf. T. Belkhodja, Les trois décennies Bourguiba, Paris, Arcantères-Publisud, 1998.

4. Signé le 19 janvier 1977 pour la durée du plan quinquennal (1977-19K2).

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